Claude Thélot : réformer en profondeur

Après 13 mois de travaux, la Commission du débat national sur l’avenir de l’école a remis au Premier ministre un rapport dense et ambitieux qui fait la une de l’actualité. Entretien exclusif avec le président de la Commission, Claude Thélot…

Verbatim…


 



Socle commun et parcours personnalisés.



(…) La commission a considéré que la scolarité obligatoire devait être structurée en deux grands ensembles. Le premier repose sur les enseignements communs à tous. Cela signifie savoir et maîtriser un certain nombre d’éléments : certains contenus, certaines connaissances – la langue française est absolument capitale – mais aussi certaines compétences, comme la maîtrise des nouvelles technologies et la bonne utilisation des micro-ordinateurs. Les enseignements communs à tous doivent aussi intégrer des règles de comportement. Il faut que nous apprenions à vivre ensemble, et plus particulièrement « à vivre ensemble dans une démocratie ». C’est le premier volet de la scolarité obligatoire, qui doit être validé par un vrai brevet.
L’autre volet concerne les enseignements complémentaires choisis. La réussite de l’école pour un élève, ce n’est pas simplement des choses identiques pour tous, c’est aussi, dès lors que cet enseignement commun est satisfait, des éléments spécifiques à chacun. Parce que chaque élève a un profil particulier, des goûts et des projets personnels. Il a des aptitudes aussi, je ne dis par qu’elles sont naturelles – je dis même au contraire qu’il faut les susciter – mais il faut en tenir compte et adapter l’école à cette diversité, dès lors (je le répète) que ce qui est commun est maîtrisé. (…)


 



Système éducatif à deux vitesses ?



(…) Il faut se rendre compte de la situation actuelle du système éducatif. Environ 15% des élèves entrent au collège sans avoir les bases qui leurs permettent d’en profiter. Premièrement, ils ne profitent pas du collège. Deuxièmement, ils en souffrent. Troisièmement, ils font souffrir leurs camarades et dans le même temps les professeurs n’arrivent pas à assurer correctement leur mission. Il est impératif de résoudre cette question. Certaines critiques à l’encontre des propositions du rapport parlent d’une école à deux vitesses, mais enfin il existe aujourd’hui une inégalité fondamentale entre ceux qui maîtrisent un certain nombre d’indispensables, pour ensuite réussir leurs études et leur vie, et ceux qui ne les maîtrisent pas !
La commission a pris ce problème à bras le corps. Si la nation s’engage à ce que les indispensables, une fois qu’ils auront été définis par le Parlement, soient maîtrisés par tout le monde, et bien l’inégalité fondamentale du système éducatif aura été résorbée.
Qu’ensuite, au-delà du socle, il y ait des diversités entre élèves, des formes de réussite diverses adaptées à chacun d’entre eux, c’est non seulement possible, mais c’est souhaitable ! C’est souhaitable, dès lors que le granit de ce qui est commun, le socle de ce qui est indispensable, aura été maîtrisé par tous. (…)


 



Repenser le métier d’enseignant.



(…) Nous pensons qu’il est souhaitable que le service des enseignants de collèges et de lycées soit modifié. Pourquoi ? Parce que si l’on veut vraiment aller vers la réussite de tous les élèves, il nous semble que le métier d’enseignant doit évoluer vers justement plus d’accompagnement de l’élève, plus d’aide individualisée, de pédagogie personnalisée, mais aussi plus de relations avec les parents, et enfin plus de pratiques collégiales de son propre métier.
Pour toutes ces raisons, il nous semble qu’il y a un certain déplacement du métier de professeur. La fonction d’enseignement reste centrale, mais elle s’accompagne désormais d’autres fonctions. Dans cette optique, la commission suggère que le temps de présence dans l’établissement – attention, ce n’est pas la même chose que le temps de travail – soit accru, dans une fourchette comprise entre 4 et 8 heures.
Naturellement, il faudrait en tenir compte dans la rémunération. J’observe d’ailleurs que ce supplément de temps de présence dans l’établissement concerne beaucoup de professeurs aujourd’hui, mais que ce n’est pas pris en compte. Enfin, la commission propose que cette modification du temps de présence soit proposée aux enseignants en place, ces derniers pouvant l’accepter ou non, et qu’elle devienne la règle pour les jeunes gens que l’on va recruter dans les années à venir. (…)

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