Tout remonte à janvier 2001. Denis Meuret, chercheur à l’Institut de recherche sur l’éducation (Iredu-Université de Bourgogne) publie son étude Les recherches sur la réduction de la taille des classes. Document de référence pour le Haut conseil de l’évaluation de l’école, qui s’en inspire pour formuler un Avis .



A partir de ce moment-là, il est admis, au vu des résultats apportés par l’étude de Denis Meuret, que l’influence de la taille des classes n’est que faiblement corrélée à la réussite des élèves. L’Avis du Haut conseil résume les faits de la façon suivante : « il semble exister un effet positif – mais faible – sur les progrès des élèves, effet observé presqu’uniquement dans les petites classes de l’enseignement primaire, qui semble ne se produire que si l’on procède à une forte réduction de la taille des classes, et qui n’est vraiment visible que pour les enfants de familles défavorisées. Cet effet semble durable, même après que les élèves ont rejoint de grandes classes ».

D’autres mesures de politique éducative

Par conséquent, les effets n’étant visibles, que si l’on procède à une « forte réduction des effectifs », soit moins de 20 élèves par classe, ce qui est inenvisageable, vu le coût que cela représenterait, mieux vaut renoncer. Ou songer à d’autres moyens. Ce que suggère l’Avis : « il faut, de plus, se poser la question de savoir si une politique de réduction de la taille des classes– même très sélective – est plus intéressante, par rapport à son coût, c’est-à-dire est plus ‘efficiente’, que d’autres mesures de politique éducative, comme par exemple, l’aide individualisée aux élèves ou des mesures en direction des enseignants (formation, animation, évaluation, etc.) ».

Un pavé dans la mare

Et l’Avis de conclure : « cela incite, en tout cas, à n’envisager cette politique de réduction de la taille des classes que de la façon très sélective – et dans un premier temps, expérimentale – qui a été évoquée plus haut, et après s’être posé la question de savoir si les sommes qui y seraient consacrées ne peuvent pas être mieux utilisées ». Les choses sont posées une fois pour toutes. Or l’étude de Thomas Piketty vient relancer le débat…Il y affirme en préambule que « nous mettons en évidence grâce à cette méthode des impacts positifs nettement plus élevés que ceux supposés habituellement ». Pour lui, chiffres à l’appui, c’est clair : les petits effectifs augmentent les chances de réussite des élèves. Point de vue qui ne fait pas l’unanimité.

Divergences

Roland Goigoux, directeur du laboratoire PAEDI (processus d’action des enseignants : déterminants et impacts) de l’IUFM d’Auvergne est plus mitigé : dans une interview accordée au SNUIPP en février dernier reconnaît qu ‘ »en petit effectif, les enfants sont plus calmes, plus attentifs, plus disponibles à l’étude ». Mais aussi que ce changement « n’est pas suffisant pour provoquer une remobilisation sur les apprentissages intellectuels ».
Pour Michel Godet, professeur de prospective industrielle au Conservatoire national des arts et métiers, : « la réduction des effectifs aurait en réalité des effets négatifs » ! (les Echos, le 7 mai 2003). Il poursuit : « l’explication est simple : la distribution gaussienne des individus fait qu’en moyenne un élève sur cinq sort du lot ; aussi, pour tirer le peloton d’une classe vers le haut et faire jouer l’émulation, faut-il une tête de classe suffisante d’au moins cinq ou six élèves. Lorsque celle-ci est inférieure en nombre, l’émulation est plus faible. C’est ainsi qu’à composition comparable, les classes de 25 ou 30 élèves ont, dans l’ensemble, de meilleurs résultats que les classes de 15 ou 20 élèves ».

Denis Meuret répond à Thomas Piketty

Et pourtant ! Dans sa réponse à Thomas Piketty, publiée fin septembre sur le site de l’IREDU, Denis Meuret, rejoint finalement Thomas Piketty, pour proposer, au moins pour commencer, « une expérimentation des CP et CE1 de ZEP à 18 élèves dans trois ou quatre académies avant de généraliser éventuellement le dispositif ». L’expérience a plus ou moins déjà été tentée. Qu’en est-t-il en effet des premières expérimentations de CP dédoublés, lancées à la rentrée 2002 ?

Les premiers résultats ne sont pas miraculeux, comme le résume Martine Laronche, dans un article du Monde, le 4 septembre dernier. Voici ses conclusions : »diminuer fortement la taille des classes ne suffit pas à améliorer les résultats. Encore faut-il que les enseignants adaptent leurs pratiques pédagogiques. C’est ce qui ressort de l’expérience des classes de cours préparatoire (CP) à effectifs réduits d’une dizaine d’élèves lancée à la rentrée 2002 par Luc Ferry […] ». « Selon les évaluations faites par la Rue de Grenelle, le maigre bénéfice qu’avaient engrangé les élèves dans la centaine de CP concernés en juin 2003 – 2,6 points de mieux que les élèves de classes témoins à effectifs habituels, toutes choses égales par ailleurs – avait disparu en octobre 2003, en début de CE1 ».

Alors à quand une nouvelle solution ? Le débat reste ouvert.