5 questions à Elizabeth Maheu : savoir gérer les conflits en classe

Que faire lorsqu’un conflit surgit en classe ? Formatrice à l’IUFM de Rouen, Elisabeth Maheu réfléchit depuis longtemps à cette question. Après avoir enseigné les mathématiques et assuré des formations pour l’IFMAN1, elle anime aujourd’hui des stages2 sur la régulation des conflits à l’école.

A quels types de conflits les enseignants peuvent-ils avoir à faire face ?


 


Il en existe principalement deux sortes. Tout d’abord, ceux qui prennent naissance à l’extérieur de l’établissement et qui ”explosent” en classe sous l’effet d’un élément déclencheur. C’est essentiellement le cas des conflits entre élèves, souvent liés à des problèmes de bandes… Il y a ensuite ceux qui voient le jour au sein de la classe et qui peuvent impliquer l’enseignant lui-même. Dans ce cas, on distingue les conflits de personnes, qui sont liés aux différences de sensibilités, d’histoires, de catégories sociales, etc., et qui sont à l’origine de comportements agressifs et défensifs, des conflits engendrés par le manque de motivation. Il est fréquent, par exemple, qu’un élève qui ne se sente pas à sa place dans un cours parasite le bon déroulement de la classe en provoquant une situation conflictuelle.


 


Quelles sont les erreurs à ne pas commettre lorsque l’on est témoin ou acteur d’un conflit ?


 


Il existe deux pièges dans lesquels les enseignants ont souvent tendance à tomber. Le premier consiste à vouloir régler le conflit trop vite alors que les conditions de dialogue ne sont pas réunies ou alors que la classe est dans un tel état émotionnel qu’il est impossible d’être entendu et compris. Le second consiste à penser qu’il suffit de réussir à calmer le jeu, ce qui se produit toujours à un moment ou à un autre, pour considérer que le problème est traité et résolu.


 


De manière générale, quelle est l’attitude à adopter en pareille situation ?


 


Et bien, il s’agit d’abord de faire face à l’urgence en se fixant comme but de trouver une issue honorable qui permette à l’enseignant comme à l’adolescent de ne pas perdre la face. Pour cela, il faut trouver les mots qui vont apaiser l’émotion : faire preuve d’une autorité tranquille et non d’autoritarisme ! Ensuite, il faut faire accepter l’idée de différer le problème. Prenons le cas très banal d’un élève qui ne veut pas travailler. Le professeur ne doit ni s’enfermer dans un ”bras de fer”, d’où il n’est pas certain de sortir gagnant, ni céder. La réponse : ”tu ne veux pas travailler, eh bien nous reparlerons de tout ça tout à l’heure après le cours” est une réaction sereine et efficace. Cette notion essentielle du report de la résolution du problème sous-entend qu’il faut prévoir des espaces de régulation des conflits en dehors des heures de cours.


 


Existe-t-il des méthodes en amont pour limiter les conflits ?


 


Le conflit est inévitable, il naît de la confrontation des différences. Pour qu’il débouche sur des relations de meilleure qualité, il existe quelques principes de base. Ne pas considérer la classe comme un bloc mais individualiser les relations avec les élèves et les nommer par leur nom en est un. Concernant les conflits de valeurs, comme ceux liés aux coutumes religieuses, l’enseignant doit se montrer respectueux des convictions de l’élève et le lui signifier. Mais il doit également rappeler qu’il existe des lois qui ne dépendent ni de lui, enseignant, ni de l’élève, et que ces lois doivent s’appliquer dans le cadre scolaire. Certains élèves s’obstinent, d’autres comprennent. L’important est de « trianguler » la relation. À l’école, la loi fait tiers et, en ce sens, elle permet d’éviter le conflit entre personnes. Enfin, je crois qu’il faut se fixer des priorités dans ses objectifs, en particulier lorsqu’on enseigne dans des classes difficiles. Faire la différence entre ce qui relève d’une ”obligation de résultat”, par exemple : faire régner le calme et la sérénité dans la classe afin de permettre aux élèves qui le souhaitent de travailler efficacement, et ce qui relève d’une “obligation de mise en œuvre”, comme tenter d’intéresser au cours un jeune qui, a priori, ne fera rien pour.


 


Propos recueillis par Marie-Laure Maisonneuve


 


(1) Institut de recherche et de formation du mouvement pour une alternative non-violente : organisme de formation agréé par la DDTEF (direction départementale du travail, de l’emploi et de la formation professionnelle), renseignements au : 02.32.61.47.50. et sur Internet : http://ifman.free.fr/


(2) La gestion des conflits en classe fait l’objet de nombreux stages de formation (en équipe ou en individuel, dans les établissements ou à l’extérieur) proposés par différents organismes. Se renseigner auprès des services de formation des rectorats.

Question supplémentaire

Quels signes peuvent annoncer l’imminence d’un conflit ? Dans ce cas, comment le désamorcer ?


 


On peut déceler la présence de conflits larvés à travers certains manques d’attention ou certains silences, qui ne sont au demeurant pas forcément gênants pour le bon déroulement du cours. En réservant des petits moments de régulation, l’enseignant pourra inviter l’élève à exprimer comment il ressent le cours, afin de limiter l’accumulation des rancunes et faire en sorte que les raisons du conflit en latence émergent. Mais encore faut-il que l’élève accepte d’en parler.

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