Comment survivre à un premier poste en Zep ?

Les Zones d’éducation prioritaire (Zep) sont un peu la bête noire des jeunes enseignants sortant de l’IUFM. Comment faire pour éviter de craquer ? Leçons de survie…

« Je savais que ce serait dur. Mais pas à ce point ! Les gamins ne tiennent pas en place : ils sont incapables de se concentrer plus d’un quart d’heure, se lèvent sans crier gare, s’insultent… Je passe mon temps à rétablir l’ordre… » Pas facile, le début de carrière d’Elisa1, 24 ans. Elle a appris son affectation la veille de la rentrée : une classe de CM2 en zone d’éducation prioritaire (Zep). Une semaine après, premier coup de blues, première crise de larmes. Elisa se demande si elle va tenir jusqu’en juin. « Quand j’y pense, ça me fait paniquer… », glisse-t-elle.

Se sentir dépassé par les événements, avoir peur de ne pas être à la hauteur… rien de plus fréquent lorsqu’on se retrouve en Zep dès la sortie de l’IUFM. « On est très peu formé pour faire face aux situations de crise. On apprend sur le tas. C’est très déstabilisant. Mais on y arrive quand même, surtout si on sait qu’on n’est pas devenu prof par hasard », affirme Armelle, 24 ans, enseignante d’anglais dans un collège de Vaulx-en-Velin.

Pour elle, le meilleur moyen de ne pas craquer, c’est de s’accrocher à sa vocation : « Des profs qui jettent l’éponge après une affectation en Zep, bien sûr, il y en a. Mais, selon moi, il s’agit souvent de personnes qui s’aperçoivent sur le tard que ce métier n’est pas fait pour eux. La première chose à faire, à mon avis, c’est de se demander si on a vraiment envie de faire ce métier », conseille Armelle.

Vouvoyer ses élèves ?

Il faut également prendre garde aux idées reçues, notamment sur la mauvaise réputation des Zep. « Il ne s’agit pas de jouer les candides : travailler en Zep, c’est dur. Mais il faut se garder la possibilité de poser un regard vierge sur le public auquel on va enseigner. Si on part le matin en se disant, “je vais affronter l’ennemi”, c’est perdu d’avance », soutient Hélène, 24 ans. Cette enseignante d’anglais dans un collège de la région parisienne classé en zone sensible a choisi de vouvoyer ses élèves. Une façon de donner l’exemple et de canaliser les violences verbales : « Cela place la relation sur un registre auquel ils ne sont pas habitués. C’est une manière de leur dire : je vous vouvoie parce que je vous respecte, donc j’attends la même considération en retour », résume Hélène.

Ne pas s’isoler face aux difficultés

Pour Etienne, 26 ans, affecté l’an dernier dans un collège de Strasbourg, le pire qui puisse arriver, c’est de penser que l’on peut tout régler tout seul. « C’est une attitude très fréquente, qui tient en partie à notre formation, explique-t-il. En IUFM, le discours sur l’autorité de l’enseignant est très culpabilisant : en gros, si on ne parvient pas à “tenir sa classe”, c’est parce qu’on fait mal son boulot. Résultat : lorsqu’on atterrit dans un établissement où ça chauffe, on hésite parfois à demander de l’aide, de peur de passer pour un incompétent. Et là, évidemment, c’est la déprime assurée. »

Etienne parle en connaissance de cause. Dès la première semaine de la rentrée 2003, alors qu’il s’était vu attribuer une classe particulièrement agitée, il a décidé d’en parler à ses collègues. « Je tenais à savoir quels élèves posaient problème, dans quelles matières et avec quels enseignants, quelles solutions étaient envisageables. Cela m’a permis d’y voir plus clair ».

Un an plus tard, Etienne ne regrette pas. Il a appris à se faire respecter. Il vient d’ailleurs d’être affecté dans une Zep de la région parisienne. Mais, cette fois-ci, c’est son choix ! « C’est vrai que les élèves nous en font voir de toutes les couleurs. Mais avoir été chahuté par une classe de 6e au moins une fois dans sa carrière, c’est le meilleur moyen d’apprendre ce métier. Et puis, quand ça marche, on a le sentiment que l’on arrive à transmettre quelque chose et on saute au plafond ! »

Laetitia de Kerchove

(1) Tous les prénoms ont été changés

A écouter, à lire…

– À écouter, sur le web : « Journal d’une jeune prof« . On y découvre le quotidien de Delphine Saltel, prof de Lettres en banlieue. Bien décidée à ne pas baisser les bras, elle multiplie les initiatives. Et ça marche. Un beau témoignage sur le métier d’enseignant.

– À lire : « Les territoires perdus de la République », sous la dir. d’Emmanuel Brenner, Mille et une nuits, Paris, 2002.
(Voir notre interview de Barbara Lefebvre, co-auteur du livre). Un état des lieux alarmiste sur la situation de l’institution scolaire dans les quartiers dits sensibles. Ne donne pas de solutions concrètes, mais permet de mieux comprendre les phénomènes de violence ou d’indiscipline.

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Avez-vous déjà enseigné en ZEP ? Quelles sont vos leçons de survie ?

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