5 questions à Jean-Claude Laffay : appliquer la loi sur la laïcité

La loi du 15 mars 2004 encadrant le port de signes religieux à l’école, au collège et au lycée entre en application dès cette rentrée1. Explication avec Jean-Claude Laffay, en charge des questions liées à la laïcité au sein du Syndicat national des personnels de direction de l’Education nationale (SNPDEN).

Que va changer la loi ?


 


Jusqu’à présent, le port de signes ou de tenues manifestant de manière ostensible une appartenance religieuse n’était pas interdit en milieu scolaire, sauf s’il donnait lieu à du prosélytisme. C’était au chef d’établissement d’évaluer la situation et de trancher. Mais l’absence d’un cadre clair pouvait favoriser les situations de crise. Désormais, les signes « ostensibles », c’est-à-dire « dont le port conduit immédiatement à se faire reconnaître par son appartenance religieuse », comme les grandes croix, les Kippas et le foulard islamique sont interdits. Cette loi va énormément simplifier la tâche des chefs d’établissement.


 


Et pour le bandana, comment faire la part des choses entre la coquetterie et le signe d’appartenance religieuse ?


 


Il est vrai qu’une élève qui porte un bandana ne le fait pas forcément par conviction religieuse. Mais il y a des signes qui ne trompent pas. Si l’élève en question ne montre jamais ses cheveux, s’il refuse de les montrer lorsqu’un enseignant lui demande de se présenter en classe tête nue, ou encore s’il n’assiste pas à certains cours tels que l’éducation physique et sportive, il y a peu de chances que le bandana soit juste un effet de style. Il faut donc être attentif. En même temps, il ne s’agit pas d’instaurer un climat de suspicion générale. La loi doit permettre avant tout de prévenir les conflits.


 


La loi interdit, mais en même tant, elle prône le dialogue. C’est un peu contradictoire, non ?


 


Il ne faut pas oublier qu’on est dans le milieu éducatif. A ce titre, on ne peut pas prendre de sanctions sans avoir engagé le dialogue au préalable avec l’élève. Cela veut dire qu’un élève qui se présente en cours alors qu’il porte une tenue répréhensible ne sera pas laissé sur le pas de la porte. La phase de dialogue est un moment privilégié pour rappeler le contenu de la loi et expliquer à l’élève en quoi ses choix vestimentaires sont contraires au principe de laïcité. C’est aussi l’occasion de lui dire qu’il peut encore changer de tenue et qu’il a même intérêt à le faire. Si l’élève refuse délibérément de se conformer à la loi, alors, le processus disciplinaire, qui peut aboutir à l’expulsion, doit s’enclencher.


 


Justement, ne craignez-vous pas que les élèves ne profitent de cette phase de dialogue pour tenter de négocier un compromis ?


 


Non, car la loi n’admet pas le compromis. Il ne s’agit pas de négocier, mais de dialoguer, aussi bien avec les élèves qu’avec leurs parents. De ce point de vue, les chefs d’établissements doivent refuser catégoriquement l’intervention de partenaires extérieurs qui voudraient se substituer aux élèves ou aux parents. Je pense tout particulièrement aux représentants d’associations confessionnelles. Cette phase de dialogue ne doit pas effrayer les chefs d’établissement. Elle doit être l’occasion de faire comprendre aux élèves une des valeurs qui fonde notre République et de les amener à prendre conscience de la manière dont il convient de se comporter dans un espace laïc.


 


Propos recueillis par Laëtitia de Kerchove


 


(1) La circulaire n° 2004-084 en précise le cadre d’application.

Effets pervers ?

A peine la loi votée, on dénonçait ses effets pervers, notamment le risque de favoriser la provocation ou le communautarisme. Qu’en pensez-vous ?


 


Je crois qu’il ne faut pas tout mélanger. On s’inquiète aujourd’hui du communautarisme à l’école et en dehors de l’école. Mais cela fait dix ans que les chefs d’établissement tirent la sonnette d’alarme. C’est justement parce la situation devenait de plus en plus préoccupante en terme de repli communautaire, que cette loi a été votée. Elle va permettre de protéger les établissements scolaires et les élèves des pressions qui peuvent s’exercer sur eux à l’extérieur.

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