Hors-série Recherche appliquée (5/10)
5 questions à Agnès Florin sur la scolarisation avant trois ans

Professeur de psychologie, responsable du laboratoire "Education, cognition et développement" (Labécd) à l’université de Nantes, Agnès Florin consacre une partie de ses recherches à la scolarisation des enfants de moins de trois ans.

Quelle est votre opinion sur la scolarisation des enfants âgés de deux à trois ans ?

J’y suis plutôt favorable, mais pas pour tous les enfants et pas dans toutes les écoles. D’ailleurs, lorsque l’on évoque la scolarisation des enfants entre deux et trois ans, il faut savoir que la plupart ont entre deux ans et demi et trois ans. Ces six mois sont importants car, pour pouvoir aller à l’école, l’enfant doit savoir contrôler ses sphincters et ne doit pas être un gros dormeur du matin. Par ailleurs, il faut qu’il soit en bonne santé. Mais par delà ces aspects purement physiologiques, il faut également qu’il possède un mode d’expression, verbal ou non verbal, sinon il sera malheureux. Car il aborde de nouvelles phases de son développement, découvrant la dimension collective de la communication puis, rapidement, passant de la communication à la verbalisation.

De son côté, quelles caractéristiques l’école doit-elle avoir ?

L’école doit avoir aménagé des passerelles entre le monde d’où vient l’enfant et celui où il arrive. Au début, cela peut prendre la forme d’un accompagnement par les parents ou d’une visite des grands de la crèche, qui viennent voir comment les choses se passent. Les enseignants doivent d’ailleurs avoir des liens avec les autres professionnels de la petite enfance. L’offre d’accueil doit également être modulée pour que l’enfant ne passe pas directement à la journée continue, avec garderie le matin et le soir, pendant toute la semaine ! Enfin, les locaux doivent être adaptés à ses capacités : les écoles avec escaliers, longs couloirs et sanitaires en hauteur sont évidemment à bannir. En fait, dans le domaine du développement physique et moteur, son équilibre est encore instable.

Qu’apporte à un enfant le fait d’aller à l’école plutôt qu’à la crèche ?

La question ne se pose pas vraiment comme ça. Les recherches ont montré que ce qui importe pour un enfant, c’est de se retrouver dans un environnement qui lui permette de développer des liens avec d’autres partenaires, enfants ou adultes, que ceux de son cercle familial. C’est ainsi qu’il développera ses modes d’expression, et en particulier le langage. Car à partir de deux ans, l’enfant découvre la pensée symbolique, commence à utiliser des images pour représenter les objets. Quel que soit le lieu, tous ces processus doivent être encouragés. De toute façon, les parents font le plus souvent leur choix de manière pragmatique, en fonction des possibilités qui leur sont offertes localement et éventuellement des aides qu’ils reçoivent.

La scolarisation avant trois ans a-t-elle une influence sur la suite de la scolarité ?

Des enquêtes ont été menées sur ce sujet… spécifiquement français, puisque nous sommes le seul pays au monde, avec la Belgique, qui scolarise les enfants avant l’âge de trois ans. Toutes les études portant sur des populations nombreuses — l’une d’elles a permis de suivre près de 10.000 enfants — attestent de gains durables dans des domaines tels que la compréhension orale, les exercices numériques ou logiques et même l’écriture. Les bénéfices les plus importants concernent les enfants issus d’un milieu défavorisé et sont constatés au moins jusqu’à l’arrivée en cours préparatoire. Mais ils ne compensent pas totalement les différences induites par d’autres facteurs, comme le trimestre de naissance ou l’origine sociale. Sur un plan cognitif, la scolarisation précoce peut atténuer des différences, mais elle ne les supprime pas.

Vos travaux montrent que l’enfant se sent plus en sécurité à l’école qu’à la crèche…

Nous avons constaté cela en travaillant sur ce sujet avec une étudiante en thèse. C’est vrai que cet aspect nous a surpris. Cela tient sans doute à la stabilité de la personne référente. C’est un facteur important pour la qualité de l’attachement de l’enfant. A l’école, elle est unique, puisqu’il s’agit le plus souvent du maître ou de la maîtresse. A la crèche, le personnel est plus diversifié et les périodes de congés, par exemple, entraînent des rotations.

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