Que reprochez-vous aux méthodes d’enseignement actuelles ?

Jusqu’à présent, on a toujours enseigné à travers des modèles, des a priori, sans jamais se préoccuper vraiment de la façon dont un enfant élabore son savoir. On présuppose depuis toujours qu’il suffit de montrer et de dire pour qu’automatiquement il apprenne. J’ai donc essayé, à travers mes travaux, de mettre à plat les mécanismes qui fonctionnent dans la tête de l’enfant, pour que l’enseignement tienne compte de l’élève, c’est-à-dire de celui qui est censé apprendre.

Alors, que faut-il faire ?

Il n’y a pas de recette miracle. Chaque méthode possède des aspects qui fonctionnent. L’ennui, c’est que l’on se contente en général de n’en utiliser qu’une seule. Prenons l’exemple des méthodes frontales, classiques, où l’enseignant dispense son savoir. Si l’élève a le même cadre de référence et se pose les mêmes questions que l’enseignant, tout ira bien. Mais, dans les autres cas, l’échec est garanti. Or, le principal problème de l’école réside précisément dans le décalage fréquent entre enseignants et élèves.

Vous insistez également sur la nécessité de donner envie d’apprendre.

Arrêtons de croire que l’élève éprouve automatiquement le désir d’apprendre. Il convient de commencer par générer l’envie. Concrètement, cela signifie qu’il faut parler aux élèves de choses qui les intéressent. Vous partez de la Star Academy pour les amener ensuite à une réflexion philosophique sur le statut du héros. Vous les faites travailler au départ sur la chaîne Hi-Fi pour finalement expliquer le son. Quand vous expliquez à un jeune en difficulté qu’il est constitué de 50 mille milliards de cellules, vous changez le regard qu’il porte sur lui-même. Surtout si derrière, vous lui précisez que son scooter ne comporte que 300 pièces ! Il faut les étonner, les interpeller, accepter de faire des détours pour les amener à son propre projet éducatif. Il faut favoriser les confrontations, et même parfois perturber le jeune, tout en l’accompagnant pour ne pas le bloquer…

Tout cela vous paraît-il applicable, au quotidien, dans des classes de 25 ou 30 élèves ?

Mais pourquoi commencer par raisonner en termes de classes ? Quand vous présentez un film, vous pouvez le faire devant 200 élèves. A d’autres moments, il faudra recourir au tête-à-tête pour dépasser certains blocages. Il faut donc penser l’école autrement. Prenons un autre exemple : qu’y a-t-il de plus démotivant que l’emploi du temps ? Comment voulez-vous motiver un gosse sur un sujet, puis le faire passer par toutes sortes d’autres matières, avant de revenir sur ce sujet trois jours plus tard ? Il faut donc prévoir des temps longs pour monter certains projets, et des temps courts pour apprendre un rituel, ou une règle, qui sont des apprentissages qui deviennent ennuyeux au bout de dix minutes. Ça n’est pas compliqué : des équipes de profs prennent en charge des groupes d’élèves, adaptent et modulent leur enseignement au fur et à mesure. Cela se pratique d’ailleurs déjà dans le primaire : les instituteurs déterminent leur planning au jour le jour, et certains vont même jusqu’à échanger leurs classes, si l’un est plus à l’aise en arithmétique et l’autre en français, par exemple.