C’est clair : pour le ministre de l’Education nationale, l’autorité prime. Dans son entretien au Monde, il ajoute que « l’autorité doit être au cœur de l’école républicaine, car elle doit être un lieu exemplaire de savoir et de respect. Il n’y a pas d’égalité entre l’adulte et l’élève ». Pour endiguer le flux de violence à l’école, en nette progression d’après les derniers chiffres du logiciel Signa, révélés par Libération le 7 juin dernier, le retour à l’autorité est la première réponse. Qui n’est pas sans susciter des indignations.
Témoin celle du président de la FCPE, Georges Dupon-Lahitte, le 30 mai dernier. Dans un discours prononcé suite à l’arrestation et au menottage par la police de deux élèves dans leur propre lycée, dans l’Essonne, il a déclaré que « dans une société où il n’y a plus de valeurs, où les enfants n’ont plus de repères, on voudrait tout régler à l’école par la simple autorité, une autorité qui n’est qu’avatar scolaire du pouvoir de droit divin de l’adulte sur l’enfant, aux antipodes de l’acte éducatif ».
Oui, mais la réalité de terrain va souvent à l’encontre de tels propos. En avril dernier, 15 établissements marseillais se mobilisaient face à la violence, suite à des agressions physique d’enseignants, en occupant le collège Henri Barnier, pour réclamer plus de moyens. Dans ce climat, Daniel Amedro, inspecteur d’académie, n’a pu que constater que « notre société » souffrait d’une « crise de l’autorité« . Mais au fait de quelle autorité parle-t-on ?


Vers un modèle idéal


 


Patrick Béranger, professeur à Paris-X Nanterre, a consacré ses recherches à l’étude des différents types d’autorité (l’étude détaillée est publiée sur le site du CNDP) chez les enseignants. Il distingue plusieurs modèles : l’enseignant autoritaire et ses différentes déclinaisons, l’autoritaire tout court, le charismatique, le tyrannique, l’indulgent. Il l’oppose à celui de l’enseignant d’autorité, qui semble être le modèle le plus approprié. Cette catégorie comprend en effet le « pédagogue », qui « fait passer son autorité derrière l’organisation pédagogique et spatiale de la classe ». Dans ce cas, « le respect des règles est exigé au nom de l’accomplissement de la tâche et de sa qualité ». Les enseignants d’autorité comprennent aussi les « démocrates  » et les « coopérateurs ».
Pour Patrick Béranger, « l’autorité en classe exclut tout amalgame entre autorité et pouvoir personnel, autorité et châtiment, autorité et discipline ». Dira-t-on comme Gilbert Longhi, proviseur du lycée Jean Lurçat à Paris, qui accueille les élèves « décrocheurs » (voir notre En pratique, avec une interview vidéo ), dans un entretien sur l’autorité accordé au Café Pédagogique que « l’augmentation de l’autorité à l’école vise à habituer la jeunesse à la servitude ? »
Le dernier mot revient finalement peut-être à Thomas Szasz, psychiatre américain auteur du livre « Education » pour qui « un professeur devrait avoir toute autorité et peu de pouvoir ». A méditer.