Pourquoi affirmez-vous que l’erreur a le plus souvent un sens qu’il convient de rechercher ?

Parce que ce principe est admis partout, sauf à l’école ! En sport, en art, dans tous les domaines, on utilise ses faux pas pour progresser. Le langage populaire est plein d’expressions telles que : « il n’y a que celui qui ne fait rien qui ne se trompe pas ». Et d’un seul coup, à l’école, l’erreur devient synonyme de faute, de raté, de dysfonctionnement. C’est vrai qu’il arrive parfois qu’un élève se couche trop tard ou qu’il ait la tête ailleurs et qu’il n’y ait pas d’autre signification à trouver dans ses erreurs. Mais le plus souvent, elles font partie du processus normal d’apprentissage et ne doivent donc pas être considérées comme des échecs qu’il convient à toute force d’éviter. Il ne s’agit pas de laxisme mais, au contraire, d’une plus grande exigence intellectuelle. Refuser les erreurs revient à confondre éducation et dressage.

Retrouver les cheminements intellectuels qui mènent à l’erreur n’implique-t-il pas un travail individualisé qui demande du temps et des moyens que les enseignants n’ont pas ?

Pas nécessairement. Toutes les études en psychologie cognitive l’ont montré : les erreurs qui sont commises ne sont pas propres à chacun, mais communes à plusieurs élèves. Celles qui ont un sens ne sont donc pas dues à un dysfonctionnement intellectuel de leur auteur. Elles appartiennent au savoir à acquérir, qui résiste de la même manière pour tout le monde. C’est le cas, par exemple, des erreurs dues à la mémoire de travail. L’enseignant se soucie toujours de la mémorisation à long terme, de ce que l’élève retiendra après la classe. Il sous-estime en revanche trop souvent l’effort de mémoire à réaliser pendant l’enseignement, en cours d’activité. On retrouve donc des constantes qui peuvent servir de bases à des discussions et à des travaux de groupe.

Un élève peut donc tirer profit des erreurs des autres ?

Bien sûr ! Et le postulat selon lequel les élèves en difficulté ralentissent les bons élèves est loin d’être fondé. Du reste, lorsque vous faites travailler en duo un bon élève et un autre qui a plus de mal, c’est toujours le bon élève qui retire le plus de profit de l’interactivité. Voir où les gens se trompent nous force à réagir. Si les bons élèves ne commettent pas certaines erreurs, cela ne signifie pas qu’ils n’auraient pas pu les faire. En y étant confrontés, ils comprennent pourquoi ils les ont évitées.

Pour l’instant, nous ne parlons que des erreurs des élèves. Le cas échéant, un enseignant peut-il utiliser les siennes ?

Pourquoi pas ? Le principal reproche que font les élèves aux enseignants, c’est d’être inaccessibles, presque inhumains. Pour illustrer cette image du prof inaccessible, nous connaissons tous l’histoire de la petite fille qui, un lundi matin, vient raconter toute contente à son instituteur qu’elle l’a vu, la veille, faire son footing en short ! Il ne s’agit pas de faire l’apologie du prof ignorant. Mais un prof qui ne se trompe jamais, on ne peut pas l’imiter, le prendre comme modèle. L’erreur du prof permet à l’élève de relativiser les siennes, de comprendre comment rectifier le tir.