« Ils s’accrochent énormément et font preuve d’une volonté incomparable. » Quand elle commence à évoquer ses élèves de cinquième et de quatrième, Claire Le Hécho se laisse rapidement emporter par l’enthousiasme. Pourtant, de son propre aveu, elle n’avait jamais particulièrement songé à vivre sa vocation d’enseignante auprès d’élèves handicapés : « Je débute ma carrière. L’année dernière, j’ai effectué des vacations dans un lycée professionnel. Quand on m’a fait une proposition de remplacement au collège de la Durantière, j’ai accepté par défaut. » Dans cet établissement nantais aux locaux vastes, accessibles et bien équipés, une centaine d’enfants handicapés, répartis en douze classes, côtoient 300 élèves « valides ». Des sorties et des voyages scolaires communs, et même des tournois sportifs, renforcent la cohésion.


 


Des leçons de vie


 


Quelques mois plus tard, l’enthousiasme et l’attachement ont remplacé le septicisme dans les propos de Claire, qui n’a plus qu’un souhait : prolonger l’expérience. « Ces enfants apportent beaucoup de choses. Ils reçoivent et ils donnent les émotions en bloc. L’échange se fait donc facilement. Et puis, leur motivation est incroyable. Pour la plupart, ils n’habitent pas dans leur famille mais, malgré le handicap et le déracinement, ils veulent apprendre coûte que coûte et sont très avides de connaissances. La leçon qu’ils nous donnent est d’autant plus belle que, malgré toutes les difficultés et les souffrances qu’ils endurent au quotidien, ils ne se plaignent jamais. Mieux, ils font preuve d’une gaieté, d’un humour et d’un sens de l’autodérision exceptionnels. »


 


Savoir s’adapter


 


Les instituteurs qui souhaitent exercer leurs fonctions auprès d’élèves en difficulté, handicapés ou malades doivent suivre une formation complémentaire (lire ci-contre). En tant que professeur, Claire Le Hécho n’a pas été contrainte d’obtenir ce certificat avant d’arriver dans le collège. Il lui a toutefois fallu adapter sa façon d’enseigner : « Les élèves connaissent bien sûr des problèmes de lenteur et de mémorisation. Il faut donc changer à la fois les objectifs et les méthodes. Par exemple, on ne peut pas forcément faire de dictées ou leur donner des pages et des pages à apprendre. On fait donc beaucoup d’interrogations orales. Quand j’ai lancé une activité de poésie, j’ai davantage insisté sur l’expression de la sensibilité plutôt que sur les aspects techniques. D’une manière générale, les programmes sont abordés de manière plus ludique. Enfin, il faut penser à s’exprimer distinctement, en articulant bien, mais sans parler trop fort. Cela finit par devenir naturel. »


 


Finalement, le principal souci de Claire Le Hécho aura été de progresser en informatique : « Certains élèves ne peuvent travailler que sur ordinateur, soit parce que leur handicap les empêche d’écrire, soit parce que leur vue leur impose d’agrandir fortement les polices. Mais ils se sont faits une fierté de me mettre à leur niveau ! »