François Dubet :
le collège unique au cœur du débat

Le sociologue François Dubet participe à la Commission Thélot. Il entend éviter la langue de bois pour aborder quelques dossiers sensibles, parmi les principaux reflets du « Miroir du débat », comme le collège unique ou la culture commune. Avec en toile de fond, la redéfinition des programmes…

Verbatim…


 


Le Grand débat sur l’avenir de l’école
 » (…) Le mérite de ce débat, c’est qu’il a ciblé un certain nombre de points forts, sur lesquels on ne pourra pas faire l’impasse : le collège unique, la culture commune, l’orientation vers l’enseignement professionnel, les capacités éducatives de l’école. Et derrière ses mots un peu « langue de bois », il y a de très très gros enjeux qui à terme mettent en cause ou en évidence des choses comme le service enseignant, la définition du métier, la place des parents dans le système éducatif… (…) »


 


La culture commune
« (…) Jusque là, la culture commune du collège, c’est celle qui permet de rentrer dans un lycée d’enseignement général (donc, elle n’est pas commune puisqu’une grande partie des élèves n’y vont pas…). Imaginez maintenant les enjeux qui se présentent, si vous changez de définition : vous définissez la culture commune comme étant ce que nul ne doit ignorer ou comme ce qui est utile pour une vie de citoyen éclairé… Par exemple, si je définis la culture scientifique comme la base nécessaire pour comprendre les choses élémentaires du monde dans lequel on vit, ce n’est pas exactement la même culture scientifique que celle qui permettra à un élève de faire un bac scientifique. Cela a peu de chose à voir… Si je définis l’apprentissage d’une langue vivante comme ce qui permet d’en avoir un usage courant, parce que c’est nécessaire à une vie sociale et citoyenne (car il est utile de savoir lire des journaux et regarder des télévisions en langue étrangère), c’est très différent de l’apprentissage qui oriente vers une spécialisation linguistique universitaire ! (…) »



Le collège unique
« (…) La question du collège unique illustre bien les contradictions du système éducatif en France. Prenons un exemple. Qu’il y ait des élèves en TRÈS grande difficulté c’est évident. Qu’il leur faille un enseignement adapté, c’est tout aussi évident. La question est de savoir ce qu’on entend par TRÈS grande difficulté. Si vous laissez jouer la culture normale du monde enseignant, vous estimerez qu’environ 1/3 des élèves sont en difficulté. J’ajouterai, pour avoir travaillé sur la question du collège unique, que le taux d’élèves en difficulté est perçu comme étant de la même grandeur, que l’on soit dans un collège situé dans une zone en difficulté ou dans un établissement chic. Donc si vous ne définissez pas très précisément ce que l’on appelle un élève en difficulté, disons 3 à 5% des élèves, alors vous aurez très rapidement la fin du collège unique, avec grosso modo ceux que l’on destine à une formation générale longue d’un côté, et ceux que l’on destine à une formation professionnelle courte de l’autre. C’est un mouvement qui consiste en réalité, derrière les grands principes, à renoncer au collège unique.
Car vous avez là très précocement un clivage scolaire qui est aussi un clivage social des élèves. C’est le sociologue qui parle, lequel n’a pas beaucoup d’illusions sur les mécanismes de sélection. Donc je pense que l’on est devant des choix, qui sont des choix de principe. Il faut faire face à la situation, il faut dire les choses… Au sein de la Commission Thélot, je me battrai contre la pire des solutions, qui consisterait à dire « on laisse faire le collège unique en théorie, et en pratique on le casse ». Pourquoi ? Parce que bien évidemment ceux qui seront victimes de cette ambiguïté et de cette hypocrisie seront les familles et les enfants les moins bien scolarisés, les plus mal lotis. (…) « 


 

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