Comment le contexte intervient-il sur la réussite scolaire des élèves dans une classe ?

La classe est le lieu de multiples évaluations pour les élèves, qu’elles soient positives ou négatives. Elles ont pour origine l’enseignant bien sûr, mais aussi les élèves entre eux. Ce contexte d’évaluations a des effets aussi bien sur les états émotionnels et affectifs des élèves, que sur leur conduite, leurs stratégies comportementales ou leurs performances scolaires. Aujourd’hui encore, les débats sur l’école négligent les phénomènes liés à ce « réacteur bouillonnant » qu’est la classe.

Que constate-t-on exactement lorsque l’on compare des contextes différents ?

Prenons un exemple : dans une étude récente, des enfants de sixième et de cinquième disposaient de cinquante secondes pour apprendre une figure complexe assez abstraite. Ils devaient ensuite la reproduire de mémoire sur une feuille de papier. Il y avait deux groupes d’enfants répartis de manière aléatoire. Au premier groupe, j’ai dit qu’il s’agissait de tester leurs aptitudes en dessin, au deuxième groupe, j’ai expliqué qu’il s’agissait d’évaluer leurs performances en géométrie. Dans le contexte de la géométrie, les résultats des élèves en situation d’échec scolaire s’avéraient très inférieurs à ceux en situation de réussite. En revanche, dans le contexte du dessin, la performance des mauvais élèves était équivalente à celle des bons élèves !

Pour une même tâche, les résultats dépendent donc de la manière dont on présente l’exercice ?

Exactement. Parfois, plus que les compétences intrinsèques des élèves, ce sont donc les représentations qu’ils ont d’eux-mêmes qui déterminent leurs performances. Or, ces représentations de soi sont construites en classe sous l’influence des comparaisons dont les élèves font en permanence l’objet.

Faut-il alors bannir l’esprit de compétition pour faire progresser les élèves ?

Certains de nos travaux montrent que la compétition a des effets désastreux sur la performance des élèves en difficulté. Même après une réussite, ces derniers sont pénalisés dans leurs apprentissages dès que la situation implique une comparaison publique avec d’autres élèves estimés plus compétents qu’eux. Mais c’est souvent l’inverse pour le bon élève. Par exemple, lorsqu’on ne l’interroge plus, ses performances diminuent. La compétition peut donc avoir des conséquences aussi bien bénéfiques que néfastes. Le bénéfice du travail en groupe et de la coopération apparaît par exemple plus évident.