Chef d’établissement : déléguer pour mieux diriger

Comment diriger efficacement un établissement face au manque croissant de personnel et à la multiplication des tâches ? Pour freiner l’augmentation du temps de travail et se consacrer réellement à sa mission de direction, il semble essentiel de savoir déléguer.

« Plus le chef d’établissement dit travailler longtemps, plus il y a de risques de traumatismes psychologiques ». Dans un Livre blanc présenté en janvier 2004 (voir encadré), le syndicat national des personnels de direction de l’Education nationale (SNPDEN) dénonce le stress et la lassitude des chefs d’établissement devant la dégradation des conditions d’exercice de leur métier. Il y apparaît notamment que 60% d’entre eux estiment travailler plus de 60 heures par semaine, en accomplissant des tâches qui ne relèvent pas toujours de leur mission.

Pour Yves Grellier1, ancien chef d’établissement, aujourd’hui directeur du CRDP de Lyon, « il est pourtant indispensable de se dégager une demi-journée par semaine pour travailler à tête reposée, sans rendez-vous ni coups de fil. Pour cela, il faut savoir déléguer sur des tâches autonomes précises, en demandant un retour, et en se tenant à son calendrier ».

« S’appuyer sur les forces vives »

Miser sur la délégation est justement l’un des axes de la stratégie instaurée il y a 4 ans par Gérard Willeme, proviseur du collège Jean Jaurès à Pantin. « Il s’agit de donner des espaces de liberté à ses collaborateurs, explique-t-il, accepter qu’ils ne fassent pas les choses exactement comme on les aurait faites et leur faire confiance pour que le résultat aille dans le bon sens. Pour cela, il ne faut pas morceler les tâches et savoir au contraire évaluer les urgences. Si on pense que tout est urgent, on meurt !

« Pour rendre plus efficace le pilotage de ce collège expérimental2 de 400 élèves placé en Zep, Gérard Willeme a travaillé bien en amont. Le statut de l’établissement lui a tout d’abord permis de choisir lui-même son adjoint : l’objectif étant de former une équipe performante, qui partage les mêmes valeurs. « Ensemble, nous avons élaboré un diagnostic de l’établissement tant auprès des professeurs que des élèves. Ceci afin de s’appuyer avant tout sur les forces vives du collège, qu’il s’agisse des enseignants ou des élèves. Le but poursuivi est de favoriser la réussite du plus grand nombre. De la même manière, en termes d’organisation éducative, nous avons supprimé tout ce qui ne marchait pas. Cela nous permet, aujourd’hui encore, de nous concentrer sur l’essentiel ».

« Éviter le syndrome de patinage »

Autre point fort de la méthode : un « maillage » entre l’établissement, la municipalité et les associations afin de mener des actions de prévention de la violence et de l’indiscipline. « Ces partenariats nous ont permis de lancer plusieurs ateliers culturels animés par des personnes extérieures à l’établissement, précise Gérard Willeme. A travers cette ouverture, nous utilisons le talent des gens, revalorisons les élèves, dynamisons le groupe, ce qui permet d’alléger les tâches centralisatrices du proviseur. » Ce dernier a pu constater effectivement que le temps passé à organiser ces actions de prévention était ensuite plus que compensé par la baisse du temps consacré à résoudre les problèmes de discipline dans l’établissement3. Fidèle à sa doctrine : « pour que les choses fonctionnent, on ne fait pas contre, on fait avec », Gérard Willeme préfère toujours la complémentarité à l’exclusion.

Plus de temps et moins de pression, c’est le bénéfice que tire Gérard Willeme de cette planification globale. Au cœur de la démarche, les réunions bi-mensuelles qu’il organise avec l’ensemble de la communauté enseignante et lors desquelles il remet à jour sa stratégie, point par point. « Il s’agit de mettre en place un mode de vie commun reconnu par tous : ATOSS, CPE, professeurs et élèves. Cela limite les tensions, permet de regarder devant et d’éviter le syndrome de patinage, c’est-à-dire l’impression de ne pas avoir d’action valorisante ».

Marie-Laure Maisonneuve

(1) Auteur de : « Profession chef d’établissement » (ESF, 1998) et “L’adjoint au chef d’établissement scolaire » (CRDP d’Orléans, dernière édition : 2003)

(2) Auparavant dénommé « collège innovant ». Pour toute information : cliquez ici

(3) La méthode de Gérard Willeme porte effectivement ses fruits. Depuis son arrivée, il y a 4 ans, la réussite au BEPC est passée de 45% à 70%. D’autre part, alors qu’il y avait 33 conseils de discipline en cours à son arrivée, il n’y en a plus qu’un seul aujourd’hui. Enfin, témoin important : les enseignants ne demandent plus leur mutation pour des problèmes de violence ou de discipline.

En savoir plus

– Pour consulter et télécharger le Livre blanc sur les conditions d’exercice des métiers de direction : >> site

– A lire également : « Le traumatisme vicariant : étude sur une population de chefs d’établissement« , Fondation MAIF/collection MGEN, 2003.

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