« Ce n’est pas la force d’inertie ! » Quand il s’agit de savoir ce qui donne envie à Bernard Chambaz de continuer à enseigner, c’est d’abord une réponse négative qui fuse, simple voile de pudeur qu’un timide jette sur ses passions. Mais le propos se réchauffe immédiatement : « Ce qui me donne envie d’enseigner, c’est le plaisir que j’ai à me retrouver dans une relation de prof à élèves avec des jeunes de 15 à 18 ans. » Lui qui en compte une trentaine de plus confesse un regard « à l’ancienne » sur sa fonction, considérée avant tout « comme un mode de transmission de connaissances ». Mais il savoure à chaque instant « la contradiction et le regard sur le monde » que lui apportent les adolescents. Le tout résumé en une formule choc : « Je pense sincèrement que rester au contact avec les jeunes, ça doit rendre un peu moins con. En tout cas un peu moins vieux. »


 


Deux univers séparés


 


Pas question, cependant, de mélanger les genres. Bernard Chambaz n’évoquera jamais un de ses livres dans la salle de classe : « Mon premier roman se passait pendant la révolution française. Des cours sur cette période, j’en donne tous les ans. Mais quand je raconte Thermidor, je ne dis pas que ça a été l’objet d’un livre. » Et même après les cours, avec les élèves comme avec les collègues, la porte du jardin secret ne s’entrouvre qu’à peine : « Au mieux, ce sera extrêmement allusif de ma part. Je sais, ou je devine, que certains ont lu, ou lisent mes livres. Parfois, il y a même des demandes d’autographe pour un parent ou une amie. Mais ça n’est jamais un sujet de conversation. C’est vrai que quand un enseignant ou un élève me félicite, ça me touche beaucoup. Mais il y a sans doute, chez eux comme chez moi, une forme de réserve qui nous empêche d’aller plus loin. »


 


Heureux comme à vélo


 


La double vie de Bernard Chambaz est bien réglée : « En général, je vais au lycée le matin. Et j’écris l’après-midi. J’ai besoin de le faire quasiment tous les jours, sauf pendant les vacances, où je préfère voyager. » Mais on en revient vite au besoin d’enseigner, aussi pressant que celui d’écrire : « Même si je gagnais au Loto, je continuerais. En plus, j’ai la chance considérable d’exercer mon métier dans un endroit où il est très facile de le faire. Mais, même pendant les 15 ans que j’ai passés en ZEP, je n’ai jamais regretté d’avoir à aller au lycée. Et une fois que j’y suis, neuf fois sur dix, je suis vraiment content. C’est comme quand je monte sur mon vélo » (lire ci-contre).