Force est de constater que les disciplines scientifiques, pourtant obligatoires au bac, n’ont pas la côte en section L et ES. En particulier, les Sciences de la Vie et de la Terre. Ce problème est au cœur d’un rapport de l’IGEN (Inspection générale de l’Education nationale) remis en décembre dernier aux ministres Luc Ferry et Xavier Darcos. Le rapport part d’un constat : outre le fait, mentionné plus haut, que les élèves de ces sections n’attendent rien de particulier de ce type d’enseignement, des contraintes matérielles réelles expliquent aussi cet échec. Entre autres, « l’horaire limité, qui ne permet pas de développer autant les démarches […] que dans les sections scientifiques ». Pour les enseignants, la référence absolue reste « celle des sections scientifiques ». Par conséquent en 1ère L et ES, « on reste scientifique mais moins ». Les documents utilisés en classe sont les mêmes , mais il est impossible de « transposer simplement ce qui se fait en S ». Que préconisent les programmes pour remédier à cela ?

Au cœur des programmes


Pour lutter contre le désintérêt des élèves, les programmes stipulent que l’enseignement de SVT doit comprendre une dimension « culturelle ». Les enseignants doivent  partir d’un « problème de société présenté au départ sous une forme telle que les élèves se sentent concernés ». Par exemple, en ES, le programme de SVT comprend des « thèmes porteurs d’un questionnement sur l’environnement », avec des « approches qui vont de l’objet biologique aux considérations mondialistes ». En L, le thème de « perception visuelle du monde », doit être relié au cours de philosophie de terminale. Mais les passerelles s’établissent souvent de façon bien artificielle. Et les enseignants ont du mal à faire la jonction entre la rigueur scientifique et le devoir d’ouverture, exigée par le programme. Car l’une se fait immanquablement au détriment de l’autre…Un véritable casse-tête, auquel le rapport de l’IGEN tente d’apporter des solutions.



Pistes de réflexion


Le dernier chapitre du rapport s’intitule « Dépasser le poids des habitudes », tout en reconnaissant qu’il faut « avancer vers une mise en œuvre plus adaptée ». Elle commence en confiant « ces classes […] à des enseignants chevronnés et motivés ». Car dans la réalité, ce n’est pas le cas : « 50% des enseignants de ces classes [ont] moins de cinq ans d’ancienneté, avec une importante proportion de stagiaires et de non titulaires « . Les professeurs chevronnés sont bien évidemment plus attirés par les sections scientifiques, car en L et ES, l’image d’un « sous-enseignement scientifique » perdure. Pour la briser, les chefs d’établissement ont un rôle clef à jouer. A eux en effet d’englober l’enseignement de SVT en L et ES dans le cadre de projets d’établissement sur la santé ou l’environnement par exemple. Mais attention : l’objectif du bac pointe à l’horizon, répondent alors les enseignants. Le rapport leur demande donc « à défaut de pouvoir sensiblement modifier les épreuves » de prendre « conscience que l’on peut prendre plus de temps pour la formation, la culture, le débat sans mettre en danger le résultat des épreuves ». Un réel enseignement de culture scientifique se fera au prix de grands changements, reconnaît le rapport, impliquant « une importante sérénité de la part des professeurs et des élèves, capables de résister à la pression du baccalauréat ». Toutefois un cadre bien défini n’est pas encore posé. Laissant les enseignants SVT face au rigoureux oxymore de départ : la rigueur et l’ouverture…