Selon vous, devrait-on modifier les critères sur lesquels on recrute les enseignants du primaire et du secondaire ?


 


Nicole Desgroppes : Je crois qu’il faudrait insister sur certains critères d’attitude lors des épreuves orales du concours : compétences d’écoute, de générosité et de respect de la personne, quelle que soit son origine sociale ou culturelle ; capacités à s’engager dans un travail en équipe et à s’ouvrir aux recherches pédagogiques… La connaissance de la réalité sociale et professionnelle est également nécessaire pour garder prise avec le quotidien économique et politique.


Marianne Hardy : Les attitudes me paraissent essentielles, bien sûr. Mais je pense aussi qu’elles peuvent être acquises ou renforcées chez ceux qui ne les manifestent pas d’emblée. J’ai vu des professionnels changer radicalement d’attitude grâce à l’instauration d’un climat de communication entre formateurs et stagiaires et par des prises de conscience concernant les capacités des enfants, qu’on a souvent tendance à sur-évaluer ou à sous-évaluer.


 


Quels devraient être les contenus de la formation des enseignants ?


 


ND : Les étudiants en IUFM devraient pouvoir confronter plus facilement les réflexions issues de leurs stages en établissement avec les réflexions expérimentées des formateurs, des chercheurs, des associations ou des mouvements pédagogiques.


MH : Dans cet esprit, il faut apprendre à observer les élèves en activité, à faire des hypothèses sur ce qui favorise ou au contraire entrave l’apprentissage, et à percevoir la façon dont les élèves s’emparent des contenus de connaissance qui leur sont dispensés.


 


Faut-il donner davantage de place à la pratique de terrain lors de la formation ?


 


MH : Peut-être en quantité, mais surtout en qualité. Des équipes de chercheurs et de formateurs (notamment du Cresas) ont conçu une formation dans laquelle ils proposent aux étudiants d’observer les élèves soit dans des séquences filmées, soit en allant dans des écoles. Ceux-ci doivent ensuite analyser dans quelles conditions les enfants apprennent le mieux. Puis, les stagiaires élaborent leur propre projet qui s’appuie sur cette théorie : « en organisant telle ou telle activité, est-ce que je favorise bien la démarche d’apprentissage et d’exploration ? » Enfin, le projet est mis à l’épreuve de la réalité.


 


La formation continue doit-elle devenir une obligation professionnelle pour les enseignants en exercice ?


 


ND : Il est vital d’exiger une formation permanente. Elle devrait être construite à partir des expériences réussies de chacun et à partir de récits descriptifs. Elle devrait également favoriser les questionnements sur les pratiques et tenir compte de la diversité des établissements. Elle devrait enfin s’appuyer sur les expériences collectives partagées lors des universités d’été des mouvements pédagogiques, grâce auxquels bon nombre d’entre nous ont été formés.


MH : Oui, mais l’institution a beaucoup de mal à promouvoir une telle formation, pour une quantité de raisons dont certaines sont relatives à des contraintes d’organisation et d’autres à des désaccords sur les priorités de la formation.


 


Faut-il prendre en compte les besoins et les profils des établissements dans l’affectation des enseignants ?


 


ND : Le choix des candidats sortant d’IUFM et souhaitant travailler dans des établissements de Zep devrait être respecté. Mais nommer d’office un débutant dans un établissement où les difficultés des jeunes sont connues est souvent dangereux et conduit certains au désespoir. En revanche, exiger une certaine mobilité du personnel enseignant devrait lever les barrières de la routine, de l’enfermement ou de la non participation de certains aux projets d’établissements sous prétexte d’ancienneté.


MH : Certes, la mobilité est une réponse pour lutter contre la routine et l’enfermement. Mais il y en a d’autres, comme la mise en réseau d’écoles « hétérogènes » ou encore l’instauration d’une collaboration plus étroite entre les écoles et les organismes de recherche pour faire évoluer la pédagogie.