L’humour me paraît être très lié à la personne et il semble difficile de « l’utiliser » artificiellement. En ce qui me concerne je dirai que je le « pratique » parce que c’est ma vision des choses et du monde en général; mais même si c’est sciemment je ne crois pas que c’est une démarche « réfléchie ». C’est une attitude qui présente des risques. Elle induit, en effet, des réactions de sympathie mais aussi des réactions d’antipathie d’autant plus fortes que la « prise de risques » est grande.
Globalement elle paraît présenter plus d’adhésion que de rejet, mais surtout elle permet de clarifier les sensibilités « naturelles ». On connaît rapidement mieux ses interlocuteurs car cette vision moins policée des codes sociaux les fait réagir plus caricaturalement et plus franchement. Et de l’humour sur les choses on peut glisser à l’humour sur les gens. C’est alors une richesse réciproque que l’on peut partager avec ceux que l’on aime. A mon père qui se plaignait de son âge, pour rire avec lui de cette évidence, je me rappelle lui avoir fait remarquer que statistiquement, il faisait du « rabe ».
L’âge ni le statut social ne me paraissent avoir d’influence sur le sens de l’humour. Dernier point mais le plus important. A mes yeux, on mesure son « sens » de l’humour à la façon dont on apprécie celui dont on est « victime ». Aussi, en jouer, sous entend accepter, ou mieux apprécier, que d’autres en fassent à nos dépens. C’est parfois cruel mais ça aide à la lucidité sur soi.