La lutte contre la violence à l’école est-elle d’abord une affaire de moyens ?


 


Laurence Laumonier : Il est chimérique de réduire le traitement de la violence à une affaire de moyens. Certes, l’enveloppe budgétaire a un impact, encore faut-il qu’elle soit utilisée à bon escient.


Michel Dochier : Même si les moyens facilitent la surveillance en augmentant le taux d’encadrement, ils ne suffisent pas. La formation et la stabilité des personnels sont aussi des éléments importants en matière de prévention et de gestion des conflits. De même, le travail en équipe apporte plus de cohérence dans les actions entreprises. Le projet d’établissement doit donc être un élément fédérateur.


LL : Il convient également de favoriser l’interaction entre le personnel éducatif et les travailleurs sociaux, interlocuteurs privilégiés des élèves et de leur famille…


 


Comment apprendre aux élèves à vivre ensemble ?


 


MD : Vivre ensemble, c’est d’abord apprendre à mieux se comprendre afin d’évoluer dans un espace régi par des lois connues et reconnues de tous, en respectant l’autre. La liberté individuelle ne doit pas être dissociée de la connaissance des droits et des devoirs de chacun.


LL : Les différences sociales, physiques, linguistiques, par exemple, sont révélatrices au sein d’une classe. Il me semble important de considérer l’élève comme une personne à part entière, non comme un individu noyé dans le groupe. C’est toute la difficulté d’un enseignant. Si l’enfant se sent écouté, apprécié, s’il a une réponse à une question posée, il se positionnera mieux par rapport à ses camarades et ne cherchera pas le conflit.


 


Etes vous pour le recours à une autorité plus forte, à des sanctions plus sévères ?


 


LL : Il me paraît aberrant voire dangereux de faire rimer école avec répression. Au sein de l’établissement, l’autorité et les sanctions existent. Encore faut-il qu’elles soient appliquées de manière juste, par un personnel soucieux de pédagogie.


MD : La sanction la plus élevée actuellement est l’exclusion définitive de l’établissement. L’élève renvoyé se voit contraint, dans le meilleur des cas, d’intégrer un nouvel établissement. Dans le pire, il se retrouve déscolarisé. C’est déjà très lourd. A-t-on réglé le problème pour autant ? Je ne crois pas. Bien au contraire : l’exclus va développer des aptitudes à vivre en marge et à rejeter le système. Plus que la sanction elle-même, ce qui compte, c’est de s’appuyer sur le côté pédagogique plutôt que sur l’aspect répressif. Toute sanction qui n’a pas été acceptée par le fautif fera naître chez celui-ci un sentiment d’injustice qui pourrait le conduire vers une logique d’affrontement.


 


Des solutions efficaces vous semblent-elles applicables à court terme, et si oui, lesquelles ?


 


LL : Il faudrait envisager plus d’activités extra scolaires : stages en entreprises, interventions des acteurs du marché du travail, rencontres avec le monde du spectacle, etc. Un remaniement dans les emplois du temps pourrait être bénéfique également : certaines matinées réservées aux matières dites « principales », certains après-midis destinés aux activités diverses. Prenons exemple sur nos voisins européens !


MD : Il n’y a pas de remède miracle. Certaines conditions doivent être réunies si l’on veut être efficace : prévention et vigilance constante, règle acceptée par tous et appliquée avec justice, sans oublier de laisser la porte ouverte à une réhabilitation des fautifs… Sur cette base, nous avons créé un système de carte à points. En début d’année, les élèves partent avec 10 points. A chaque écart de conduite, outre l’application d’une sanction classique, l’élève perd également un point et ses parents en sont informés. S’il n’a plus de points, il est convoqué en commission disciplinaire avec des sanctions à la clé pouvant aller jusqu’à l’exclusion. A l’inverse, s’il se comporte bien, il peut récupérer des points. A la fin de l’année, les élèves qui ont conservé 10 points sont récompensés, par exemple par des sorties dans des parcs de loisirs. Cette année 236 élèves sur 375 ont pu être récompensés en fin d’année, ce qui, au vu des statistiques de violence et de sanctions des années précédentes est un résultat très encourageant.


 


Enfin, la place dévolue à l’école dans la lutte contre la violence dans la société vous semble-t-elle juste ou excessive ?


 


MD : L’école doit prendre une part essentielle dans la lutte contre la violence. Mais il serait illusoire de penser qu’une éducation à la citoyenneté dispensée à l’école peut être efficace si elle ne trouve aucun écho dans le comportement des adultes observables dans la rue ou dans l’entourage proche de l’élève.


LL : Il est clair, en tout cas, que l’école ne peut et ne pourra jamais se targuer de réussir à elle seule dans ce domaine.