L’interdisciplinarité, un grand mot, une utopie…mais ?



Précisément, le grand intérêt de l’interdisciplinarité est de faire comprendre aux élèves que le savoir est un tout et qu’il y a interpénétration des disciplines. Plus que de simplifier cette complexité, l’enseignement cloisonné, par la juxtaposition, la surimpression de discours variés et souvent redondants, ne fait qu’accroître la perte de nombreux repères. En allant plus loin, disons que l’enseignement dont les élèves ont besoin doit évidemment continuer à être notionnel mais en priorité doit les apprendre à organiser et à classer tout leur savoir. Or, ce savoir n’émane plus de la seule école, la masse considérable d’informations qui les submerge dans la vie quotidienne est trop désorganisée pour qu’un enfant puisse lui-même en opérer une synthèse bénéfique. Il en résulte qu’aussi bien à l’école que dans sa vie quotidienne l’enfant a une culture morcelée, partielle et chaotique, donc un besoin qu’on l’aide à clarifier cet ensemble pour qu’il puisse en tirer bénéfice, qu’il se construise en construisant du sens. Cessons de dire que les élèves sont dispersés, qu’ils « sautent du coq à l’âne » qu’ils ne sont plus capables de se tenir à une activité puisque c’est le système dans lequel ils vivent qui les y oblige. Le temps est loin où l’on apprenait tout à l’école, ne le regrettons pas, adaptons-nous.

Plusieurs professeurs travaillant ensemble sur un thème assez vaste dans lequel chacun aura déterminé la place de son enseignement par rapport aux autres et avec les autres, paraît une direction souhaitable. A travers les IDD en collège cette pratique est déjà en vigueur mais c’est un balbutiement qui demeure en marge de l’enseignement traditionnel et qui, pour cette raison, est souvent considérée par certains comme un « gadget supplémentaire » parce que l’on ne peut s’empêcher de l’opposer à l’existant (et sa valeur quasi biblique). Il semble que pourtant ce soit la voie à suivre en la généralisant à l’ensemble de l’apprentissage, qu’elle devienne institutionnelle. C’est à ce moment que l’on pourra parler d’une véritable équipe éducative et que l’élève prendra conscience d’une véritable prise en charge cohérente, ce qui, avouons-le, est loin d’être le cas. Il importe de restaurer le confort dans l’apprentissage afin que la production de l’élève ne soit pas perçue comme une contrainte à risques mais comme une possibilité de s’exprimer. Le suivi de cette production permettra aux enseignants d’opérer les évaluations nécessaires mais en concertation. Il est en effet indispensable que toute l’équipe éducative sache avec précision où sont les difficultés et les besoins de l’enfant afin que chacun puisse apporter sa contribution. Quant aux notes sur 20, elles ne seront maintenues que pour les acquisitions incontournables et obligatoires, les productions des élèves, pour leur part, feront l’objet d’appréciations précises et circonstanciées car un individu ne se jauge pas globalement sur une échelle de 0 à 20 sur le simple critère de ses réussites scolaires.

Il semble très intéressant de citer ce qu’écrivait Edgar Morin dans « La Tête bien Faite » en mai 1999 :
« Il y a inadéquation de plus en plus ample, profonde et grave entre nos savoirs disjoints, morcelés, compartimentés entre disciplines, et d’autre part les réalités ou problèmes de plus en plus polydisciplinaires, transversaux, multidimensionnels, transnationaux, globaux, planétaires » […]
« Au lieu d’opposer des correctifs à ces développements, notre système d’enseignement leur obéit. Il nous enjoint de réduire le complexe au simple, c’est-à-dire de séparer ce qui est lié, de décomposer au lieu de recomposer« .
« La séparation et l’accumulation sans lien des connaissances sont privilégiées au détriment de l’organisation qui relie les connaissances« .
« Dès lors, le développement de l’aptitude à contextualiser et globaliser les savoirs devient un impératif de l’éducation« .

Précisément, le grand intérêt de l’interdisciplinarité est de faire comprendre aux élèves que le savoir est un tout et qu’il y a interpénétration des disciplines. Plus que de simplifier cette complexité, l’enseignement cloisonné, par la juxtaposition, la surimpression de discours variés et souvent redondants, ne fait qu’accroître la perte de nombreux repères. En allant plus loin, disons que l’enseignement dont les élèves ont besoin doit évidemment continuer à être notionnel mais en priorité doit les apprendre à organiser et à classer tout leur savoir. Or, ce savoir n’émane plus de la seule école, la masse considérable d’informations qui les submerge dans la vie quotidienne est trop désorganisée pour qu’un enfant puisse lui-même en opérer une synthèse bénéfique. Il en résulte qu’aussi bien à l’école que dans sa vie quotidienne l’enfant a une culture morcelée, partielle et chaotique, donc un besoin qu’on l’aide à clarifier cet ensemble pour qu’il puisse en tirer bénéfice, qu’il se construise en construisant du sens. Cessons de dire que les élèves sont dispersés, qu’ils « sautent du coq à l’âne » qu’ils ne sont plus capables de se tenir à une activité puisque c’est le système dans lequel ils vivent qui les y oblige. Le temps est loin où l’on apprenait tout à l’école, ne le regrettons pas, adaptons-nous.

Plusieurs professeurs travaillant ensemble sur un thème assez vaste dans lequel chacun aura déterminé la place de son enseignement par rapport aux autres et avec les autres, paraît une direction souhaitable. A travers les IDD en collège cette pratique est déjà en vigueur mais c’est un balbutiement qui demeure en marge de l’enseignement traditionnel et qui, pour cette raison, est souvent considérée par certains comme un « gadget supplémentaire » parce que l’on ne peut s’empêcher de l’opposer à l’existant (et sa valeur quasi biblique). Il semble que pourtant ce soit la voie à suivre en la généralisant à l’ensemble de l’apprentissage, qu’elle devienne institutionnelle. C’est à ce moment que l’on pourra parler d’une véritable équipe éducative et que l’élève prendra conscience d’une véritable prise en charge cohérente, ce qui, avouons-le, est loin d’être le cas. Il importe de restaurer le confort dans l’apprentissage afin que la production de l’élève ne soit pas perçue comme une contrainte à risques mais comme une possibilité de s’exprimer. Le suivi de cette production permettra aux enseignants d’opérer les évaluations nécessaires mais en concertation. Il est en effet indispensable que toute l’équipe éducative sache avec précision où sont les difficultés et les besoins de l’enfant afin que chacun puisse apporter sa contribution. Quant aux notes sur 20, elles ne seront maintenues que pour les acquisitions incontournables et obligatoires, les productions des élèves, pour leur part, feront l’objet d’appréciations précises et circonstanciées car un individu ne se jauge pas globalement sur une échelle de 0 à 20 sur le simple critère de ses réussites scolaires.

Si l’enfant perçoit l’école comme sécurisante parce que cohérente et organisatrice, si le contact avec les professeurs cesse d’être artificiel, distant et perçu comme un risque (sanction des erreurs que l’on confond trop souvent avec des fautes), il recommencera à y attacher de l’intérêt et le nombre d’élèves démobilisés sera moindre. Cessons de dire que les enfants actuels ne s’intéressent à rien ; ils ne s’intéressent plus à ce que l’école leur propose en général parce qu’ils sont différents, parce que l’école est décalée par rapport à la réalité de leur vie, ils voudraient une école de leur époque où ils comprennent ce qu’ils font et non pas celle où les enseignants étaient eux-mêmes élèves. Il est urgent d’inventer une autre méthode de travailler et non pas une autre méthode de travail sur les mêmes bases. Rêvons que l’école et la famille constituent des refuges contre l’agression du monde extérieur et des lieux où l’enfant existe vraiment.

Ce que font la plupart des enseignants, ils le font bien, avec beaucoup de conscience professionnelle mais dans un système obsolète qu’ils n’ont pas eux-mêmes les moyens de réformer. Ce serait une grave erreur que de leur faire porter la responsabilité des dysfonctionnements de l’école.

Donc, malaise des élèves, malaise des enseignants, malaise des parents qui portent aussi leur responsabilité, tout cela sous le poids croissant de la critique stérile. Qui pourra proposer une vraie réforme en profondeur qui restaurera une école efficace parce que l’on y vivra et travaillera bien ? Devant l’énormité et la complexité de la tâche on peut redouter encore une fois que toutes ces réflexions pertinentes et sincères mais disparâtes n’aboutissent qu’à un saupoudrage de « mesurettes » alors qu’il faut accepter une autre manière de réfléchir, sortir de l’homéostasie, s’affranchir des certitudes et de l’autosatisfaction. Comment voulons-nous travailler demain et quels sont les objectifs que nous voulons fixer pour l’éducation nationale ? C’est la question que doivent se poser les (jeunes) enseignants.

En fait, que veut-on que deviennent les individus dont nous assurons une partie de l’éducation ? C’est un choix fort :

-Des êtres soumis à un système parce qu’ils n’y comprennent rien ?

Alors continuons à proposer un type d’enseignement décalé par rapport aux réalités de leur temps quitte à en supporter les malaises.

-Des personnes responsables, impliquées et actives ?

Alors persuadons-nous de la fécondité d’un travail réellement en commun et recherchons des ouvertures.

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