5 questions à Roland Bonnemains, instigateur d’un partenariat entre le CNRS et un lycée pro

Roland Bonnemains enseigne la productique au lycée professionnel Jules Verne à Sartrouville (Yvelines). Il est à l’origine d’un partenariat avec le CNRS, dans le cadre duquel des élèves de BEP construisent des pièces servant à mener des expérimentations en géologie.

Comment avez-vous eu l’idée de ce partenariat ?


 


En juin 2000, un chercheur d’un laboratoire de géologie du CNRS (Centre national de la recherche scientifique), qui habite Sartrouville, est venu me voir au lycée. Il m’a demandé si je pouvais l’aider à fabriquer des pièces dont il avait besoin pour mener à bien ses expériences. Il est spécialisé dans la tectonique des plaques et mesure leur déplacement à l’aide d’antennes satellites qui fonctionnent avec un système GPS. Les antennes sont installées sur des repères métalliques scellés au sol dans des zones à fort mouvement sismique : en Asie, en Californie, etc. Il lui manquait des supports orientables pour positionner les antennes. Nous avons étudié le système tous les deux, puis je lui ai fait des propositions.


 


Comment vous est venue l’idée de faire participer les élèves ?


 


A l’époque, à la rentrée 2000/2001, le ministère venait d’annoncer la mise en place dans les lycées professionnels des « Projets pluridisciplinaires à caractère professionnel » (PPCP), l’équivalent des TPE (Travaux personnels encadrés) dans les établissements généralistes. J’avais assisté à une conférence sur les PPCP au salon EDUCATEC. Quand il a fallu les mettre en oeuvre dans mon établissement, j’ai saisi l’occasion et j’ai proposé ce partenariat à l’équipe pédagogique.


 


Comment avez-vous convaincu les autres enseignants ?


 


Il est vrai qu’au début, certains étaient réticents. Ils pensaient que ce partenariat était trop « haut de gamme ». Et théoriquement, les PPCP doivent être initiés par les élèves. Mais j’ai fait valoir le potentiel pédagogique de ce projet. D’abord parce que, mis à part la productique, bien d’autres matières sont concernées : l’histoire-géographie, puisqu’il s’agit de tectonique des plaques, les maths et la physique pour ce qui relève du système GPS, et même l’anglais, puisque le scientifique rédige toutes ses fiches de documentation dans cette langue…


 


Qui était le public scolaire concerné ?


 


Une vingtaine de jeunes en classe terminale de BEP. Nous avons travaillé à un rythme intense : le PPCP a démarré en septembre 2000 et il fallait que vingt ensembles de positionnement soient livrés en décembre 2001 car le chercheur en avait besoin pour une expédition en Birmanie ! Le CNRS a fourni l’argent nécessaire à l’achat de la matière d’œuvre et de l’outillage, puis nous avons fabriqué les pièces. Bien sûr, il a fallu être assez directif avec les élèves, mais beaucoup étaient très motivés. Habituellement, la moitié de notre travail d’enseignant consiste à motiver les jeunes souvent démobilisés. Or, ce type de projet contribue à leur donner une image plus valorisante d’eux-mêmes. Ils retrouvent un sens à leur formation : c’est l’occasion pour eux de constater la nécessité de maîtriser les enseignements généraux pour pouvoir aborder de façon satisfaisante des réalisations concrètes. J’aimerais bien relancer la même opération cette année, d’autant que le chercheur en question m’a laissé entendre qu’il aurait besoin d’autres pièces…

Question rituelle

« Dans ce type de démarche, il est évidemment difficile de faire adhérer la totalité d’une classe. Mais lorsque le chercheur est venu faire un exposé en classe sur son expédition en Birmanie, et qu’il a montré, photos à l’appui, à quoi avait servi ce qu’ils avaient réalisé, les jeunes étaient ravis. J’avais prévu une heure de conférence, elle a duré plus de deux heures tellement il y avait de questions ! »

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