Mécontentement. Et crainte. Tout remonte au 3 septembre 2003. Ce jour-là est publiée la circulaire de la Direction de l’Enseignement Supérieur, sur la réorganisation du supérieur, liée à la mise en place du LMD. L’association des directeurs d’IUP (ADIUP) réagit vigoureusement, rapporte l’AEF : « le texte ne dit pas en effet qu’il supprime les IUP. Il leur demande de réduire leur cursus […] en deux ans au lieu de trois actuellement, de perdre un titre (ingénieur-maître) qui constitue […] une reconnaissance du cursus. » Pour l’ADIUP, le fait que cette circulaire mentionne juste « une simple défense de l’étiquette IUP » est préoccupant et peut correspondre à « un aveu implicite de la disparition programmée des IUP ».

Un « véritable ascenseur social »

Les étudiants d’IUP -ils sont 50 000 en France- sont eux aussi inquiets pour leur avenir : ils ont répondu à l’appel de l’ADIUP, et manifesté le 13 novembre dernier. Suite à la circulaire du 3 septembre, ils ont adressé une lettre ouverte à Luc Ferry. Ils y défendent leur diplôme, « véritable ascenseur social », selon eux. Par le biais de l’IUP en effet, les élèves de milieu modeste, qui n’ont pas les moyens de payer une école privée, accèdent à des formations qui les conduisent à des postes de cadres « souvent similaires à ceux des écoles d’ingénieurs ou de commerce ».

IUP et LMD

Concrètement, quels dangers menacent les IUP ? Le titre d’ingénieur-maître, qui clôt le cursus d’IUP au niveau bac+4, risque de disparaître. La circulaire du 3 septembre stipule en effet qu’ « il n’y a plus lieu de [le] délivrer », dans le cadre du LMD, car « il [le] serait à des élèves n’ayant pas terminé leur cursus » ! De plus, « si on lui fait suivre l’évolution des formations IUP en le calant au niveau bac+5, il faut évidemment que le diplôme soit un master, ce qui d’ailleurs est la demande des IUP. « 

Un nouveau recrutement

D’autre part, le recrutement pour l’entrée en IUP s’effectuait jusqu’à présent au niveau bac+1. La conférence des présidents d’université (CPU) propose donc pour régler le problème, un recrutement au niveau licence, pour les conduire au master professionnel. Mais l’ADIUP et la coordination des étudiants d’IUP ne sont pas d’accord : dans ce cas-là, ils préfèrent un recrutement à bac+2 et le maintien du titre d’ingénieur-maître, délivré à bac+5. L’enjeu, on le voit est de taille : l’IUP, symbole de la professionnalisation de l’enseignement universitaire et de l’ouverture aux études supérieures pour des élèves d’horizons et de niveaux divers, risque de disparaître. Mais l’harmonisation européenne des diplômes impose de prendre des mesures. Causes de rudes dilemmes…