5 questions à… Marie-Noëlle Schoeller, proviseur confrontée au problème du foulard

Proviseur du lycée Victor Hugo, à Besançon, et chef d’établissement depuis 19 ans, Marie-Noëlle Schoeller a souvent été confrontée à des revendications religieuses. Pour concilier fermeté et dialogue, elle n’hésite pas à s’appuyer sur les préceptes du Coran.

Comment réagissez-vous lorsque des lycéennes arrivent voilées au lycée ?


 


J’ai été confrontée à ce problème à trois reprises dans un lycée de Montbéliard, à forte population musulmane. A chaque fois, cela s’est résolu par la discussion d’une part, en leur expliquant que se différencier c’était aussi se marginaliser, et par l’alternative d’autre part : comme ces lycéennes ne concevaient pas de ne rien avoir sur la tête, une résille a servi de compromis. Le troisième cas a toutefois été plus problématique dans ses prolongements : jusqu’à ses 16 ans, la jeune fille a joué le jeu, en enlevant son foulard en classe, mais dès la fin de son obligation scolaire, son père l’a retirée de l’établissement. J’ai simplement pu la convaincre de poursuivre ses études via le CNED.


 


Avez-vous été confrontée à d’autres revendications de nature religieuse ?


 


Plusieurs lycéennes m’ont souvent demandé de ne pas aller à la piscine pendant le ramadan à cause du risque de boire la tasse. Il est également arrivé que des élèves se plaignent d’avoir été servis à la cantine avec des couverts ayant été en contact avec du porc. Je leur dis que c’est une erreur involontaire que nous essaierons de ne pas reproduire en utilisant des couverts de service spécifiques pour chaque plat. Quand je le peux, j’essaie d’être conciliante, tout en restant très à cheval sur les principes républicains, sur lesquels je ne suis vraiment pas prête à céder ! Un jour par exemple, ici, au lycée Victor Hugo, un élève a réclamé de la viande hallal à la cantine. Je lui ai expliqué que la diversité des menus doit permettre à chacun de choisir ce qu’il souhaite ou ce qu’il peut manger, mais qu’elle n’a pas pour but de répondre aux demandes particulières de chaque confession.


 


Comment conciliez-vous fermeté et dialogue ?


 


Dans la mesure du possible, je tiens un discours laïque. Mais lorsque la demande va trop loin, ou lorsqu’elle est fondée sur des préceptes religieux, j’essaie de répondre sur le même terrain. Il m’arrive par exemple d’en parler avec un ami musulman, qui me conseille sur l’attitude à adopter, et m’aide parfois à trouver dans le Coran une réponse appropriée. Le fait de confronter deux arguments issus du même texte rend le dialogue possible. Jamais de bras de fer : il faut faire preuve de pédagogie ! Par contre, si l’élève revient vers moi pour reparler à nouveau du Coran, je refuse en lui expliquant que je ne suis pas là pour faire des cours de religion. Je joue sur des marges très étroites.


 


Pensez-vous que l’enseignement du fait religieux à l’école soit la réponse au problème ?


 


Oui : il ne s’agit pas d’enseigner la religion d’un point de vue dogmatique, mais d’apporter les connaissances nécessaires concernant les religions afin de savoir se comporter avec les autres croyances. Il ne s’agit pas de transformer l’école en lieu d’expression ou de manifestation des croyances ! Je suis de ceux qui pensent que le règlement de ces questions passe par une meilleure connaissance des religions enseignée de façon laïque et culturelle.

                                             Propos recueillis Fanny Rey


Question Forum:
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Question rituelle

Non, car je craindrais qu’elle contribue à l’exclusion, à un durcissement de la situation. Il faut faire tout notre possible pour éviter aux jeunes filles musulmanes une rupture de scolarité, qui représente pour elles un handicap et pour nous, un échec. Pour éviter la déscolarisation, il est nécessaire de trouver des voies médianes dans le dialogue.

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