Claude Lelièvre, reposer la question des savoirs à l’école

Professeur d’histoire de l’éducation à la Sorbonne, agrégé de philosophie, Claude Lelièvre est l’un des experts de la commission du débat national sur l’avenir de l’école présidée par Claude Thélot. Selon lui, la redéfinition de la culture scolaire doit être placée au centre de cette consultation. Références historiques à l’appui…

Verbatim…


 


Les grandes consultations passées sur l’éducation.
(…) « Il y a un certain nombre de précédents, en particulier depuis les années 1960. Il faut cependant remarquer que ces consultations passées concernent toujours des points particuliers, pas le système éducatif dans son ensemble. La seule consultation prévue sur l’ensemble du système de l’Education nationale, c’est celle organisée par la commission Fauroux en 1996 et lancée par l’actuel Président de la République. Mais à l’époque, Jacques Chirac voulait que cette consultation débouche sur un référendum, contre l’avis de son ministre de l’Education, François Bayrou. L’exécutif s’est donc divisé sur les objectifs de la commission Fauroux et celle-ci s’est enlisée… »


 



Grands débats et grandes réformes.
« Il n’y a pas de corrélation entre grands débats et grandes réformes. En témoignent les grandes réformes de la Ve République. Les deux premières sont nées d’une impulsion directe du Président de la République. Le Général de Gaulle, tout d’abord, a imposé à son Premier ministre la réforme de l’enseignement secondaire en 1963. Valéry Giscard d’Estaing a lui aussi imposé à ses ministres sa réforme, celle du collège unique, en 1975. Plus récemment, Jean-Pierre Chevènement a lancé le principe des « 80% d’une classe d’âge au Bac », sans consultation préalable. Toutes ces décisions ont transformé le paysage de l’Education nationale, sans avoir été précédées de grands débats. »


 



Un débat ouvert à tous les citoyens.
« Il n’y a pas véritablement de précédent d’un débat sur l’école ouvert à l’ensemble de la population. La commission Ribot, en 1902, a ouvert la consultation à un certain nombre d’instances ou d’organisations en dehors du système scolaire, mais c’était une commission parlementaire (NDR : soit une consultation limitée, dans un cadre institutionnel).
C’est important d’ouvrir le débat à l’ensemble de la population. Par exemple, on a pu se rendre compte récemment, dans les débats citoyens, que l’on manquait en France de connaissances économiques. C’est au citoyen français de décider si aujourd’hui, dans une société où l’économie est importante, il faut plus d’économie dans la culture scolaire. C’est une question politique, au sens large du terme. »


 



Redéfinir la culture scolaire.
« La formule de Jules Ferry « il faut décider de ce qu’il n’est pas permis d’ignorer à la fin de la scolarité obligatoire » est plus que jamais d’actualité en ce début de 21ème siècle, selon moi. Cela fait un demi-siècle que l’on raisonne en terme quantitatif, en terme de structures, de flux, d’orientations… Ce sont des questions importantes, qui restent importantes aujourd’hui, mais on n’a toujours pas redéfini ce que doit être la culture minimale de l’homme du 21ème siècle, du citoyen du 21ème siècle. Quels sont ses besoins pour s’y retrouver ? Jules Ferry s’est posé ce genre de question à la fin du 19ème siècle, je pense qu’il est urgent de faire de même aujourd’hui. On a trop longtemps perdu de vue la question des contenus. » (…)

                                                      Entretien: Gilles Raillard

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