Laïcité: suite des auditions de la Commission Stasi

Philippe Guittet demande une loi sur le port des signes religieux à l'école, tandis que Nicolas Sarkozy s'y oppose

« Il n’est pas question de revenir sur les règles du port des signes religieux par les fonctionnaires, ni sur les exigences du droit du travail, ni sur les principes qui encadrent le port du voile à l’école. Ces principes ont été précisés par le Conseil d’État en 1989, puis rappelés par la circulaire dite ‘circulaire Bayrou’ du 20 octobre 1994 et celle du 10 mars 2003. En d’autres termes, sur la question du port du voile, une jurisprudence s’impose à tous, celle du Conseil d’État. » Tels sont les propos tenus par Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur, lors de son audition par la Commission sur l’application du principe de laïcité dans la République, présidée par Bernard Stasi, le 7 octobre 2003.


 


« L’école est un lieu de vie collective dont la fréquentation est obligatoire. Il est du devoir de l’État, au nom de tous les citoyens, d’y interdire toute expression de convictions religieuses en réalité revendicatrices d’une différence, d’une supériorité ou du rejet du principe fondamental d’égalité entre les hommes et les femmes », affirme le ministre, qui se dit « réservé sur le principe d’une nouvelle loi sur la laïcité, ce qui n’empêche pas d’être opposé au port de signes religieux à l’école. » « Tout comme je suis contre les horaires réservés dans les piscines, parce que je suis convaincu qu’il s’agit ‘au mieux’ d’un signe d’infériorité de la femme, ce que je ne peux accepter, au pire, peut-être, de l’affirmation d’une identité qui rejette le pacte républicain », déclare-t-il.


 


Le ministre constate, « pour le regretter, qu’au nom de la neutralité de l’État, nous avons totalement ignoré l’enseignement de l’histoire des religions à l’école, ce qui conduit à priver des générations entières de la connaissance d’une des sources majeures de la culture occidentale et à exagérer la lecture sociologique par rapport au fait religieux. La tolérance est la principale victime de cette frilosité, car c’est de l’ignorance que naissent le racisme et le repli sur soi. »


 


La commission Stasi a également entendu Philippe Guittet, secrétaire général du SNPDEN, un syndicat de chefs d’établissements de l’UNSA-Education. Celui-ci estime qu’une loi réglementant le port des signes religieux à l’école est « nécessaire » et « possible ». « Il faut une loi qui interdise les signes religieux et politiques à l’école », déclare-t-il. « La jurisprudence actuelle est très difficile à appliquer. Comment pouvons-nous démontrer le caractère ostentatoire d’un signe religieux? Nous sommes des producteurs de droit et de normes laïques au quotidien, ce qui n’est pas notre métier. Depuis 1989, les hommes politiques n’ont pas eu le courage de faire une loi. Face à la montée de l’intégrisme, il faut réagir. Ce n’est pas discriminer telle ou telle communauté, mais depuis de trop nombreuses années, les politiques ont abandonné au prosélytisme certains quartiers entiers », constate Philippe Guittet. « En 1989, il était encore possible de discuter. Aujourd’hui, la pression des milieux religieux est beaucoup plus forte », note-t-il.

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