5 questions à… Jean-Louis Auduc, spécialiste des relations parents-enseignants

Auteur de plusieurs ouvrages sur le système éducatif français, Jean-Louis Auduc est également spécialiste des relations parents-enseignants. Au sein de l’IUFM de Créteil, dont il est directeur, il a mis en place une formation spécifique sur ce thème.

Quand faut-il avoir recours à la médiation parents-enseignants ?


 


« Lorsqu’il y a un problème avec des élèves mineurs, il est important qu’enseignants et parents travaillent en commun avec l’enfant sur les points d’achoppement, qu’il s’agisse de questions relatives au respect des règles, à la drogue, aux fréquentations, etc. Aujourd’hui, deux discours antagonistes cohabitent : d’un côté, le milieu éducatif reproche souvent aux parents de trop intervenir dans l’école, de l’autre, on trouve à l’inverse qu’ils n’y viennent pas assez. Ce double discours n’aide pas les parents à comprendre les missions de l’école ni le rôle qu’ils doivent y jouer. La médiation doit donc les aider à mieux épauler leurs enfants. Il s’agit de ne pas faire de ces familles des consommateurs de l’école mais des partenaires d’éducation.


 


Comment éviter les frictions entre les parents et les enseignants ?


 


La difficulté consiste à sortir d’une situation d’angoisse et de méfiance respective. Pour qu’il y ait une bonne médiation, il faut un travail régulier tout au long de l’année. On peut, par exemple, mettre en place un travail de prévention en organisant des réunions d’information communes où parents et enseignants peuvent être invités à assister à des conférences d’experts sur des thèmes tels que les adolescentes, la violence, le racket, etc. Généralement, dans ce genre de rencontres, il n’y a pas de rivalité. Chacun travaille en fonction de ses propres compétences et chaque partie apprend à se connaître. Vis-à-vis du jeune, famille et école doivent jouer leur rôle en harmonie, comme au sein d’un orchestre. Plutôt que des couacs, il s’agit de créer des assonances, et pour y arriver, il est important que le rôle des parents au sein de l’école soit reconnu par tous.


 


Que pensez-vous de la création de médiateurs chargés de régler les conflits ?


 


Je préfère travailler sur la médiation elle-même plutôt que de créer des médiateurs. Le risque est que le médiateur réceptionne les doléances de chacun sans que jamais les protagonistes ne se rencontrent ni ne s’accordent. Les médiateurs doivent avoir un rôle temporaire. Il faut que leurs fonctions aient des durées limitées. Lorsqu’on recourt à ce type de solutions de manière constante, il est rare que cela améliore réellement les situations. L’organisation des rapports entre la famille et l’école n’en est pas modifiée.


 


Autre problème : comment faire lorsque certaines familles ne comprennent pas le français ?


 


On peut s’en sortir avec des interprètes ! Mais surtout, on peut proposer aux parents de suivre des cours d’alphabétisation, comme ce fut par exemple le cas avec succès à Garges-lès-Gonesse. Je ne crois pas qu’il faille encourager les familles à se replier dans une communauté ou un ghetto. Je suis favorable à ce que l’intégration se fasse à tous les niveaux. A terme, mieux vaut des cours de Français pour les parents dans l’école, plutôt que des médiateurs ou même des interprètes. »


 


Recueilli par Hanna Waar


 


 


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Question rituelle

Dans la médiation, faut-il tout dire aux parents ?


 


« Peut-on tout dire du comportement d’un jeune âgé de quinze ans et plus à sa famille ? Je ne crois pas. Il ne faut pas oublier la place du jeune dans la médiation. Et plus particulièrement au moment de l’adolescence, le moment du passage à l’âge adulte, ce jeune a droit à un espace privé. Il doit disposer d’une plage d’autonomie qu’il ne faut pas entamer. A des parents qui demandent par exemple si leur fille fréquente des garçons, je déconseille à mes stagiaires de répondre. Le problème n’est pas simple… »

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