Après plusieurs auditions, la Commission de réflexion sur l’application du principe de laïcité dans la République présidée par Bernard Stasi, a le sentiment que les personnels des établissements scolaires sont livrés à eux-mêmes face à des questions telles que l’adaptation de la cantine aux pratiques alimentaires ou celle des rythmes scolaires aux fêtes religieuses.
« Pour être souple dans la pratique de la laïcité, il faut avoir des principes clairs », a affirmé Alain Seksig, auditionné en tant qu’inspecteur de l’Education nationale. « Or aujourd’hui, c’est le contraire : les principes sur la laïcité sont flous, donc les enseignants oscillent entre laxisme et autoritarisme dans son application. Résultat : l’approche de la laïcité peut différer radicalement d’un établissement à l’autre. L’inspecteur de l’Education nationale souhaite par ailleurs que « la philosophie de la laïcité fasse partie de la formation des futurs enseignants ».
« Faut-il une loi [réglementant le port du] voile à l’école? Ma réponse est non », estime pour sa part Jean-Marie Lustiger, cardinal-archevêque de Paris, lors de son audition par la Commission. « Il ne faut pas prendre de mesures législatives qui risquent de ne pas être appliquées », poursuit-il. Pour Jean Khan, président du consistoire central israélite, « il faut pouvoir laisser une certaine latitude aux chefs d’établissements ». Une loi sur le port du voile « serait disproportionnée et pourrait provoquer une réaction inverse à l’effet recherché », estime Dalil Boubakeur, président du Conseil français des cultes musulmans lors de son audition. Le recteur de la mosquée de Paris considère en outre « le voile comme une prescription religieuse et un engagement personnel ». Cependant, il ajoute que « si la France édictait une loi contre le port du voile, l’ensemble des organisations musulmanes de France s’y plieraient. Elles s’y sont engagées par écrit le 20 janvier 2000 ».
A noter que le rectorat et l’IUFM de Versailles, ainsi que l’IESR (Institut européen en sciences des religions) organisent un séminaire académique de cinq journées réparties sur l’année scolaire 2003-2004 intitulé « Faits religieux et laïcité aujourd’hui ».