Des salles de classe aux amphis

Enseigner à l’université après avoir été professeur des écoles n’est pas une évolution facile. A 56 ans, après avoir surmonté de nombreux obstacles, Michel Dupont a cependant réussi ce pari. Retour sur un parcours atypique.

Les démarches

La plupart des enseignants à l’université appartiennent à l’une des trois catégories suivantes : ATER (Attaché temporaire d’enseignement et de recherche), maître de conférences ou professeur. On recrute généralement les ATER durant leur année de DEA, sur avis des équipes d’enseignants-chercheurs en fonction des résultats obtenus. Pour devenir maître de conférences ou professeur, il faut passer un concours spécifique ouvert chaque année aux titulaires d’un doctorat ou d’une équivalence.
La route est donc longue pour qu’un professeur des écoles puisse enseigner à l’université : il doit retourner sur les bancs de la faculté et y passer les examens nécessaires. C’est pourtant le chemin qu’a suivi Michel Dupont.

Le témoignage

Au début des années 80, il enseigne dans une classe unique à Champeaux, petit village de la Manche. Il découvre alors l’informatique, et développe des programmes de mathématiques pour aider les élèves à apprendre leurs tables de multiplications. C’est le début d’une passion qui ne le quittera plus.
En 1988, il devient responsable des activités informatiques de l’enseignement primaire dans le département. A la fin de l’année, l’inspecteur d’Académie lui propose de suivre un stage rémunéré en informatique. « J’ai accepté avec enthousiasme. A cette époque, je n’avais pour diplômes que celui d’instituteur et un Certificat d’aptitude à l’enseignement des enfants inadaptés. Parallèlement au stage, j’ai suivi des cours du soir au Conservatoire national des arts et métiers (Cnam) pour obtenir des valeurs qui me permettraient de rentrer en licence informatique à l’université de Caen ».
En 1990, ses examens en poche, Michel Dupont retourne voir son inspecteur qui lui propose un congé de mobilité d’un an. Fin 1991, titulaire d’une licence, il sollicite différents postes : « Je n’ai été pris nulle part alors que j’étais prioritaire. J’ai finalement négocié un mi-temps avec une moitié de salaire comme professeur des écoles dans une classe spécialisée, et je consacrais le reste de mon temps à la préparation de ma maîtrise. » L’année suivante, il n’a toujours pas de poste. Michel Dupont boucle alors sa maîtrise et se spécialise dans les réseaux locaux via le Cnam. En 1994, il commence un DEA en intelligence artificielle. Il le décroche brillamment deux ans plus tard, mais n’a toujours pas d’affectation en rapport avec ses titres. Après de multiples recours, en 2001, il est enfin nommé ATER à Caen. « J’enseigne en DEUG, confie-t-il aujourd’hui, et je rends ma thèse en septembre, ce qui devrait me permettre de devenir maître de conférences. »
L’ancien instituteur dresse pourtant un bilan mitigé de cette évolution difficile. Il est en effet en procès avec l’Education nationale qui a bloqué son niveau d’échelon : « Aujourd’hui, je gagne nettement moins que si j’étais resté instituteur. A l’avenir, j’espère que l’Education nationale facilitera la mobilité professionnelle des professeurs des écoles. Je pense qu’elle sera obligée de le faire pour attirer les candidatures. »

Le saviez-vous ?

Les ATER n’ont jamais été aussi nombreux : 6784 agents au total pour l’année 2002-2003, ce qui représente une hausse de 7% par rapport à l’année précédente. En moyenne, on recrute environ 1500 ATER par an. Mais compte tenu des importants besoins en recrutement annoncés d’ici 2010, ce chiffre est appelé à augmenter.

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