Pourquoi avoir invoqué le droit de retrait ?

« Des surveillants, des élèves et des enseignants s’étaient fait agresser. Nous avions lancé des appels à l’administration du lycée, mais elle n’en a pas tenu compte. Depuis le début de l’année, nous étions sous pression, et 18 profs manquaient à l’appel. 66 personnes sur environ 170 ont décidé d’arrêter le travail.

Quelle a été la réponse de l’administration ?

Aucune procédure n’a été respectée. Le proviseur s’est contenté de déposer dans les casiers un courrier du recteur à l’inspecteur daté du 29 janvier et expliquant que nous ne pouvions pas utiliser le droit de retrait car ce dernier concernait surtout l’utilisation par les salariés de machines ou de produits dangereux.

Comment cela s’est-il traduit sur votre feuille de paie ?

Par des sanctions sur salaires ! Un jour non travaillé = un jour non payé ! Pour les enseignants, les retenues sont entrées en vigueur fin mai, en pleine période de grève. Les aides-éducateurs ont, eux, été prélevés fin mars. Lors de nos deux précédents retraits, en 1998 et 2001, nous n’avions pas été pénalisés. Pour la première fois, notre retrait a été assimilé à une grève.

Que répondez-vous à ceux qui, comme Xavier Darcos, ministre délégué à l’enseignement scolaire, considèrent que vous invoquez ce droit à titre exorbitant ?

Nous estimons que la succession des agressions nous empêche de travailler. Nous n’avons pas accepté de dire que nous faisions grève et c’est pour cela, je pense, qu’on nous a sanctionnés. Mais nous sommes allés jusqu’au bout. Nous avons repris le travail le 4 février seulement, après avoir obtenu des garanties du rectorat : stationnement de la police à des horaires aléatoires, transmission directe au parquet des plaintes venant de l’établissement, renforcement de la vidéosurveillance, et construction d’un fossé autour du lycée.

Quel bilan tirez-vous de vos mobilisations successives ?

Le droit de retrait est indéniablement efficace. Chaque fois que nous l’avons mis en œuvre, il y a eu un retour au calme. Nous voulons montrer aux élèves que les profs sont capables de se mobiliser contre la violence pour faire respecter la loi. Et puis, si on ne crie pas, rien ne se fait. En 1998, après notre premier retrait, on nous avait promis la construction d’une loge bien située pour la gardienne, l’installation de grillages et la mise en place de caméras. Il aura fallu attendre début février 2003 pour obtenir satisfaction. Le droit de retrait, nous l’avons payé sur notre feuille de salaire, mais la peur a changé de camp. La petite minorité qui perturbe le fonctionnement du lycée se dit qu’elle n’a plus intérêt à bouger.