La mixité : mal nécessaire ?

Depuis plus de 40 ans, elle est une évidence. La mixité en classe semble aller de soi. Or les rapports filles-garçons, surtout au collège, sont de plus en plus conflictuels. Doit-on pour autant revenir sur ce principe ?

Luc Ferry a été catégorique : le 14 septembre dernier, il a affirmé sur Europe 1 être  « tout à fait contre le fait de séparer les garçons et les filles ». Il reconnaît bien que les filles sont souvent « perturbées par un certain nombre d’agressions verbales » et qu’on assiste à une « régression massive des garçons ». Pour compléter ces propos, il convient d’ajouter les chiffres qualifiés d’ « effrayants » par Xavier Darcos concernant les « cas d’actes graves de violences sexuelles » relevés par le logiciel Signa en milieu scolaire. Pour 2001-2002, il s’élève à 1400 signalements. Ce qui explique que certaines jeunes élèves soient demandeuses d’un retour aux classes non mixtes. Dans certains établissements difficiles, des aménagements ont d’ailleurs été mis au point. Par exemple au collège La Courtille, en Seine-Saint-Denis, une classe de troisième est séparée en deux : d’un côté, les filles, de l’autre, les garçons. Mais les classes non mixtes relèvent quasi exclusivement du domaine de l’enseignement catholique, soit 5% des établissements. Pourtant une réflexion mérite d’être conduite à ce sujet.

La mixité ne va pas de soi

Le récent ouvrage du sociologue Michel Fize, intitulé Les Pièges de la mixité scolaire(1), pose le problème. L’auteur y affirme que la mixité en classe ne va pas de soi. Et surtout n’a jamais fait l’objet d’un réel débat de fond. Mise en place en 1960, la mixité n’est devenue un élément éducatif fondamental qu’en 1975 au sein de la réforme Haby. En 1982, toutefois, une circulaire voit le jour pour redéfinir le rôle de la mixité en classe, qui doit permettre la « pleine égalité des chances » et « la lutte contre les préjugés sexistes ». Car la mixité a une incidence sur les comportements des élèves, comme le note Jean-Louis Auduc(2), ancien directeur de l’IUFM de Créteil : « il y a aujourd’hui dans l’école une crise d’identité masculine. Les jeunes garçons vont avoir tendance à développer une attitude agressive vis-à-vis des filles plus en connivence avec l’institution ». La mixité a des répercussions directes sur le travail des élèves, sans parler de la peur des filles, victimes d’insultes ou de gestes déplacés. De plus, les professeurs sont totalement désarmés pour affronter ce type de difficultés : aucune formation n’est en effet dispensée à ce sujet dans les IUFM.
Quelle solution envisager alors ? Depuis 2000, aux Etats-Unis, la mixité n’est plus obligatoire dans les écoles publiques. En France, une telle hypothèse est loin d’être à l’ordre du jour : elle conduirait à une sorte d' »épuration ethnique » pour reprendre les récents propos de Luc Ferry. La mixité se doit pourtant d’être repensée : car dans les classes, des élèves en souffrent.


(1) Edition Presses De La Renaissance
(2)Le Monde 07/01/03

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