Gabriel Cohn-Bendit, penser l’Education nationale autrement

Ancien membre du Conseil de l’innovation, Gabriel Cohn-Bendit est une personnalité atypique du monde de l’éducation. Rien ne l’effraie : ni les bras de fer avec Luc Ferry, ni les remontrances à l’égard de certains jeunes grévistes du printemps dernier. Entretien avec un militant infatigable de l’éducation alternative…

Verbatim…



Que devient le Conseil national de l’innovation pour la réussite scolaire ?

(…) « Le Conseil de l’innovation n’a pas été dissous officiellement, mais il est mort par asphyxie. Nous avons été un certain nombre à en démissionner (NDR : 17 membres sur 31) pour protester contre « le rien » qui s’y passait ».



Quel avenir désormais pour l’innovation au sein de l’Education nationale ?
« Je ne crois pas aux grands changements bousculant 100% du corps enseignant. 80% n’a pas envie de bouger, mais permettons au 20% restant (et je suis optimiste…) de faire un certain nombre de choses. Observons ce qui se fait. Mettons le en discussion. Là, on verra que l’on peut fonctionner autrement, les parents verront que des pratiques tout à fait différentes, donnant des résultats, sont possibles. C’est ainsi que l’on pourra faire évoluer le système éducatif. Si l’on ne suit pas cette stratégie, il ne se passera rien… »



Question d’actualité, comment réagissez-vous à l’arrêt Omont ?

« C’est une monstruosité. Je ne sais pas quand il a été produit, ni par quel gouvernement très réactionnaire… Je sais en revanche que si ce ministre (NDR : Luc Ferry) veut vraiment l’appliquer, il est sûr qu’il n’aura ni débat, ni rien, mais plutôt une opposition systématique. Ca ne marche pas de manier le bâton avec les enseignants… »



Vous n’avez pas toujours été d’accord avec les grévistes du printemps, surtout lorsque certains d’entre eux affirmaient ne pas vouloir travailler jusqu’à 60 ans…
« La retraite à 60 ans, c’est un problème économique. Me dire qu’après 60 ans on est épuisé, sur les rotules, oui cela me fait bondir. Surtout lorsqu’on sait que l’on est la corporation vivant le plus vieux aujourd’hui. Comme l’a rappelé un ancien directeur de la santé, parmi les victimes de la canicule, il n’y a pratiquement aucun enseignant, aucun cadre supérieur… C’est aberrant de dire qu’on ne peut plus enseigner à 60 ans. »



Sur ce sujet, ne sous-estimez-vous pas les difficultés actuelles des enseignants, en particulier dans les ZEP ?
« Le problème des transformations auxquelles il faut parvenir pour que cette école fonctionne et que l’on ait du plaisir à y aller, enseignants ET élèves, c’est bien évidemment le problème n°1. Mais cela n’a strictement rien à voir avec la retraite !
Dans les établissements difficiles en banlieue, c’est évident que l’on ne peut pas tenir jusqu’à 60 ans, on ne tient même pas jusqu’à 40 ! Cherchons plutôt des solutions pour ces établissements difficiles : Innovons ! Formons des équipes pédagogiques cohérentes avec de vrais projets ! Cessons de travailler « chacun pour soi dans son petit coin » ! Et on trouvera des solutions aux problèmes les plus difficiles. Et les gens travailleront jusqu’à 60 ans… » (…)

                                            Entretien: Gilles Raillard

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