Vous écrivez  » l’élève échoué se sent exclu du fait même de son échec et sa demande de qualités humaines et relationnelles est d’autant plus exacerbée qu’elle n’est pas prise en compte « . Pouvez-vous nous expliquer cette idée ?

Le rapport à l’enseignant est échange de savoir. Pour le bon élève, la note est un retour positif : or ce retour positif, le mauvais élève ne l’a pas. Il fait tout reposer sur la relation humaine : par ce moyen, il affirme que lui aussi peut être bon quelque part, par exemple au skate-board. Il est digne d’amour, car il est  » bon ailleurs « .

Ce lien existe-t-il pour les bons élèves ? Car vous écrivez que le bon élève vit la relation à l’enseignant sur un mode professionnel…

Inconsciemment, il y a toujours recherche d’amour, car donner une bonne note à un élève, c’est selon l’élève, lui dire qu’on l’aime. L’échange de savoir et de connaissance est donc bien aussi une relation d’amour, avec des effets d’attente.

Cette relation au maître semble pour vous fondamentale. Vous définissez dans votre livre la relation pédagogique comme triple relation : à l’école, au savoir, au maître. Des trois éléments, quel est le plus important pour vous ?

Le rapport au maître, dans la relation pédagogique, est essentiel. C’est un facteur humain, sur lequel on peut faire levier, un point d’ancrage pour des évolutions. Oui, le rôle de l’enseignant est très important.

Plus que les deux autres ?

Oui. L’enseignant est au centre de l’apprentissage de l’élève, mais il existe un problème : quand il a 31 élèves, il ne peut consacrer assez de temps à chacun.

L’enseignant joue donc un rôle fondamental, surtout pour les mauvais élèves. Dans ce contexte-là, quelles sont les répercussions pour eux des mauvaises notes ?

L’orientation peut être triste à cause des mauvaises notes. Les enfants amoureux d’une matière ne réussissent pas forcément. Cela peut donner lieu à des rêves brisés. Je me souviens d’un élève de seconde rencontré lors de mes recherches, qui rêvait d’être médecin. Or il n’avait pas de bons résultats en sciences. Dès la seconde, son rêve était brisé.

Quelles sont les solutions alors ?

Ce serait des classes à niveau. Mais l’objectif de ce livre, c’est d’opérer une prise de conscience, plus que de donner des solutions. Une prise de conscience pour les enseignants, que ce ne sont pas les mêmes demandes pour chaque enfant.

Quels sont vos projets de recherche actuellement ?

Suivre le chemin scolaire d’un élève du début à la fin, du CP à la terminale, et voir l’interaction entre rencontres avec les enseignants et choix des disciplines pour le futur.