En 1964 Dominique Hippolyte, 17 ans et un CAP de chaudronnier en poche, travaille en usine, dans la banlieue parisienne. Chaudières pour bateaux, autobus, systèmes de ventilation… il touche à tout au gré des entreprises qui l’embauchent « Il y avait du travail, se souvient-il, on changeait souvent pour améliorer son salaire. » Une carrière toute tracée. Sauf que l’envie d’enseigner le démange.

Le plus dur, franchir le pas

« Je souhaitais transmettre mon savoir-faire. Devenir enseignant représentait également pour moi une promotion sociale, un changement de statut ». Militant à la CGT, il rencontre lors de réunions syndicales des professeurs de lycée professionnel, qui le poussent à franchir le pas. Il hésite pourtant. « Je ne me sentais pas capable. Je pensais que le métier de professeur n’était pas fait pour les personnes peu diplômées. » Finalement, il suit son désir et entre comme professeur auxiliaire (recrutement sans concours, ndlr) dans un lycée professionnel de Paris. Un choix qui se traduit par la perte d’un quart de ses revenus.

Une réussite totale

Mais très vite, Dominique Hippolyte apprécie le contact de ses élèves en particulier et le monde de l’éducation en général. Conquis par son nouveau métier, il décide de préparer, le soir, le concours pour devenir enseignant certifié. Un examen difficile qu’il réussit à la troisième tentative. Aujourd’hui, professeur dans un lycée pour élèves en réadaptation (EREA*) du XXe arrondissement de Paris, Dominique Hippolyte ne se sent plus ouvrier, mais n’a pas pour autant oublié son parcours. « Il m’a fallu des années pour me débarrasser d’un certain complexe d’infériorité par rapport aux enseignants des disciplines classiques. »

                    Jérôme Citron


* Etablissement régional d’enseignement adapté