Pourquoi les enseignants manifestent-ils ? Les réponses à Rennes

10 000 personnes ont défilé lundi 19 mai 2003 dans les rues de Rennes

10 000 personnes ont défilé lundi 19 mai 2003 dans les rues de Rennes, selon la police, soit deux fois moins que lors de la manifestation interprofessionnelle du 13 mai. Ils étaient 8 000 à Brest et à Saint-Brieuc. À Rennes, le cortège était essentiellement constitué de personnels de l’éducation, quelques salariés du secteur public et privé se sont également joints au défilé. Les syndicats parlent d’une « grève dure » depuis le 6 mai, mais sur le terrain c’est le mode de la grève tournante qui est choisi par une majorité d’enseignants. Ainsi à l’école maternelle de la Poterie à Rennes, 2 professeurs sur 6 sont en grève tous les jours depuis le 6 mai, et l’école est fermée ce lundi 19 mai, comme c’était le cas le 13 mai. Il s’agit de « tenir sur le long terme financièrement », selon Claire, professeur dans cette école, « tout en étant soutenu par les parents d’élèves ».
Le mot d’ordre tournait aujourd’hui davantage autour du thème de la décentralisation. Pour Claire, le monde de l’éducation ne souhaite pas que la décentralisation « passe à la trappe », car ajoute-t-elle « le gouvernement s ‘arrange pour faire passer toutes les réformes en même temps, la retraite, la décentralisation et la sécurité sociale bientôt ». Le risque selon elle est qu’une fois « le problème des retraites réglé, on oublie celui de la décentralisation ». Gérard Trélohan de l’UNSA-Education, est cuisinier au lycée du Blavet à Pontivy, il explique qu’à travers la décentralisation, « le gouvernement fait la part belle au MEDEF, en donnant sur un plateau la restauration par exemple ». Il regrette que la gestion d’un grand nombre de cuisines soit déjà confiée aux sociétés de restauration privées, « c’est de la privatisation à plus ou moins grande échéance ». Jean-Paul, conseiller d’éducation dans un collège de Lanester dans le Morbihan craint que les personnels ATOSS soient amenés à appartenir à plusieurs corps de métiers, « aujourd’hui, ils font partie du personnel éducatif d’un établissement, mais demain on va peut-être leur demander de faire des heures ailleurs, de s’occuper des personnes âgées du Conseil général pendant leurs vacances par exemple ». Mais selon Jean-Paul, le thème de la décentralisation ne parle pas aux gens, « ‘il faut expliquer et encore expliquer pour se faire entendre, c’est pour cela que les enseignants sont dans la rue ». Jean-François, du SNUIPP 56, explique que ce mouvement a été difficile à lancer, « après 15 jours de grève, on continuera, il y a un moment où les gens n’ont plus rien à perdre ».
Dans le cortège rennais, de nombreux manifestants sont non syndiqués. Un professeur d’un collège d’Arradon dans le Morbihan, non syndiqué, explique que les syndicats d’enseignants ne sont pas très « révolutionnaires »: « Ils ne savent pas quoi faire, ils sont dépassés, c’est plus la CGT et FO qui mènent la danse aujourd’hui ». Il ajoute que le problème des syndicats porte sur 2 questions, les retraites et la décentralisation, « les gens ne comprennent pas, les autres fonctionnaires ont seulement le problème de la retraite ». Sans la réforme des retraites, le sort des personnels ATOSS était probablement scellé, regrette-t-il, et ajoute que ces mouvements expriment « une revanche politique sur les événements de l’an dernier, quand les socialistes sont au pouvoir, on est moins enclin à sortir dans le rue ». Les manifestants reconnaissent que c’est le thème des retraites qui a déclenché la grève.
De son côté, selon Claire, des réunions de coordination sont organisées par secteur dans la ville de Rennes, il s’agit de faire l’état des lieux et de discuter quant aux actions à mener. Elle ajoute que ces réunions permettent de s’exprimer en dehors des assemblées générales des syndicats, « sans le terrorisme interne syndical » : « on peut adhérer au mouvement sans être dans la lignée exacte des syndicats ». Elle regrette que les syndicats soient si loin du terrain, « ils nous disent de durcir le mouvement, mais nous avons des enfants dans nos écoles et des parents qu’on met dans l’embarras ». Elle reconnaît cependant avoir « moins de poids », c’est pourquoi elle pense se syndiquer à la rentrée prochaine.
Enfin pour Jean-François, du SNUIPP 56, les grévistes sont « déterminés, mais mesurés », « ils ne veulent pas se couper des parents ». Un enseignant du Morbihan constate en effet que les parents se plaignent, « ils disent que les fonctionnaires sont toujours en grève et les enseignants toujours en vacances, c’est pourquoi nous sommes obligés d’expliquer le problème de la décentralisation qui les touche directement ». Des réunions sont ainsi proposées aux parents dans de très nombreux établissements.

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