Geneviève Giard, directrice des antennes de France 5, défend la télé-éducation

France 5 vient de fêter sa première année d’existence. La chaîne du savoir et de la connaissance s’est débarrassée de l’image scolaire de la Cinquième. Objectif : toucher le plus grand nombre sans perdre la clientèle des enseignants.

France 5 a abandonné en 2001 80 % des programmes de la cinquième. Cela n’a-t-il pas nui à sa mission éducative ?

Je suis arrivée à la fin de l’année 2000, quand la Cinquième se séparait d’Arte et entrait dans le groupe France Télévisions. Nous avons étudié l’ancienne grille pour nous recentrer au mieux sur les missions éducatives inscrites dans le cahier des charges de la chaîne. Comment ? En supprimant les films et les fictions pour ne garder que les émissions phares comme Le Journal de la santé, Droit d’auteurs ou Arrêt sur images. Et en nous adressant à d’autres cibles. La Cinquième était principalement regardée par des téléspectateurs âgés, cadres supérieurs et en majorité masculins. Aujourd’hui, en attirant un public plus jeune, plus féminin et moins éduqué, nous sommes en train de gagner notre pari : faire de France 5 une chaîne éducative. Nos records d’audience (6 % en moyenne à la fin de l’année, contre 4,1 % en 2001) en sont les plus belles preuves.

Comment expliquer ce nouvel engouement ?

Quand on regardait la Cinquième, on était un peu coupé du monde : pas de journaux télévisés, une diffusion qui s’arrêtait à 19h00… Sur France 5, nous n’avons toujours pas les moyens de traiter l’actualité, puisque la chaîne n’a pas de rédaction propre. Alors, nous développons des magazines et des débats, au sein desquels nous suscitons des réactions « à chaud » sur les événements. Et nous produisons davantage de documentaires, qui offrent un regard décalé, plus distant sur l’actualité. Certains programmes, comme C dans l’air, sont devenus pour beaucoup un véritable rendez-vous quotidien, et non plus des émissions sur lesquelles on tombe par hasard. En inventant ce genre de repères, nous donnons une véritable identité à France 5. Aujourd’hui, on n’y arrive plus en zappant, on choisit d’y aller, et d’y rester.

Les enseignants restent-ils toujours votre cible privilégiée ?

Bien sûr, même s’ils ne sont pas notre seule cible. Notre but essentiel est de fournir aux professeurs des pistes de réflexion et de donner à l’élève l’envie d’en savoir plus. Dans notre travail quotidien, nous multiplions les liens avec l’Education Nationale. Le ministère nous aide à concevoir certaines émissions comme 100 % questions. Et pour les documentaires, le Centre national des programmes (CNDP) reste notre producteur privilégié. Mais, tout en restant à l’écoute des enseignants, notre volonté est d’être aussi une chaîne pour tous.

Les enseignants utilisent vos documentaires en classe. En adoptant les formats de 52 minutes au détriment des modules de 13 minutes chers à la Cinquième, ne risquez-vous pas de les priver d’un outil pédagogique ?

Pour beaucoup d’enseignants et pour le CNDP, l’idée du petit format paraissait à l’époque plus pédagogique et plus pratique à présenter en classe. Mais je suis convaincue qu’il est plus facile pour un professeur de trouver des extraits qui lui conviennent dans un documentaire plus complet que de tomber pile sur le bon angle, traité par un petit module. De toutes façons, l’acquisition du savoir ne passe pas que par l’école. Nous pensons qu’il est important d’offrir à tous nos téléspectateurs des documentaires plus accomplis.

Vous en diffusez plus de 3 000 heures par an. Qu’est-ce qui préside au choix de l’un ou l’autre de ces documentaires ?

Vous savez, j’ai été professeur, mon mari est universitaire et j’ai toujours baigné dans ce milieu. Et pour moi, la base de l’enseignement est d’expliquer clairement quelque chose de difficile. Je suis la même démarche dans le choix des documentaires : toutes les problématiques peuvent être abordées, à condition d’être suffisamment décortiquées pour en arriver à poser une problématique simple, accessible au plus grand nombre. Je suis une adepte de Françoise Dolto car elle a prouvé que les enfants étaient capables de tout comprendre, même les choses les plus compliquées. Tout le secret réside dans l’art de l’explication.

De quel programme êtes-vous la plus fière ?

Honnêtement, je les aime tous. Bien sûr, je citerai les réussites comme Les Maternelles ou Le Journal de la Santé qui existait avant mon arrivée. Ou encore Cas d’école, car même si les chiffres d’audience ne sont pas tout à fait suffisants, c’était un véritable pari de créer un magazine entièrement consacré aux problèmes d’éducation sur une chaîne hertzienne. Je suis très fière aussi que l’émission de Calvi, C dans l’air, ait rencontré un tel succès auprès des jeunes. L’année dernière, un professeur de français d’un lycée professionnel a même travaillé tout un semestre avec ses élèves sur les différences entre l’émission de débats de Calvi et celle de Tapie sur TF1. Preuve s’il en est qu’il existe bien une marque de fabrique France 5.

Qu’est-ce que vous aimez le moins ?


Nous avons l’ambition d’être une télévision de contenu, à l’inverse d’une télévision du vide. Mais cette définition reste très ambiguë, parce que la télévision doit à la fois vider et remplir la tête. Et à mon avis, ce qui manque le plus sur France 5 aujourd’hui, ce sont des émissions d’humour ! Et nous y travaillons sérieusement…

Quelles seront justement les nouveautés de la rentrée 2003 ?


Il est encore trop tôt pour dévoiler la nouvelle grille de programmes… Mais je peux déjà vous confirmer la création, dès septembre, d’une web-TV éducative en partenariat avec l’Education Nationale et le CNDP. Elle sera diffusée sur notre site et présentera des émissions, en partie inédites, à destination des enseignants. Même si la grille n’est pas encore très précise, on peut imaginer qu’un espace de discussion y sera réservé pour les enseignants. Ils pourront débattre et faire état de leurs expériences. L’autre objectif est de développer le réseau câblé, surtout en direction des jeunes. Si nous réussissons dans le câble, nous pouvons espérer qu’un jour, France 5 sera accessible à tous 24 heures sur 24. Ce sera alors le début d’une nouvelle aventure : celle de la nuit !

                                                                    Frédérique Letourneux

Pour en savoir plus

www.france5.fr/education/ : « Côté profs », l’espace pédagogique de la chaîne, recense la liste des programmes pouvant être diffusés librement en classe et propose des dossiers thématiques agrémentés de liens bibliographiques : la violence à l’école, l’Irak ou Charlie Chaplin… « Décrypt’actu », une nouvelle rubrique, propose un véritable parcours de décryptage des informations et de nombreuses sources multimédias (vidéos, sons, textes). Pour l’instant, seuls deux sujets sont traités : les conséquences des attentats du 11 septembre et les élections 2002.

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