5 questions à… un enseignant en réadaptation au CNED

Deuxième volet de notre enquête : les professeurs en « réadaptation ». Après de graves ennuis de santé, ils travaillent à distance pour le CNED. Comme Yves Lion, 53 ans, un professeur d’économie et de gestion atteint de surdité qui ne retrouvera jamais le chemin d’une classe.

Quand avez-vous postulé à un poste d’enseignant en réadaptation au CNED ?

Il y a 4 ans. Ma surdité empirait d’année en année et s’accompagnait de moments de perte de connaissance. Je ne pouvais plus m’occuper d’une classe. Le médecin du travail m’a alors conseillé de me porter candidat à un poste au CNED. J’ai tout de suite été pris.

Comment s’organise votre travail au quotidien ?

Chaque semaine, je reçois par la poste un paquet de copies (de 10 à 100 selon les cas). Je les corrige et je les renvoie au CNED sous dix jours. Je suis totalement libre de mon emploi du temps. Le CNED veille à m’attribuer un certain nombre d’élèves pour que mon travail corresponde à un temps plein.

Est-ce une correction classique ?

Pas tout à fait. Contrairement à nos collègues, nous ne pouvons pas apporter des informations complémentaires en classe à haute voix. Il faut davantage s’appliquer dans l’écriture et être plus complet dans les remarques. Paradoxalement, le travail de correction en devient plus intéressant. Les copies ont aussi l’immense avantage d’être plus diversifiées que celles rendues par une classe « classique » car, par correspondance, il n’y a pas d’effet de moule généré par le groupe.

Entrez-vous en contact avec vos élèves ?

Physiquement non mais en revanche, je les incite à écrire s’ils ont des remarques ou des interrogations. Je les imagine en fonction des travaux qu’ils me rendent et de leur fiche de présentation. Je regrette que l’on ne travaille pas plus par mail pour développer ces contacts.

Question rituelle

Et si vous aviez le pouvoir de faire évoluer le système, que proposeriez-vous ?

Il faudrait créer plus de postes de correcteurs pour les enseignants qui ne pourront plus réintégrer une classe. Pour ma part, j’ai obtenu une année supplémentaire (les postes en réadaptation ont, normalement, une durée maximum de 3 ans : ndlr) mais je ne sais pas ce que je vais devenir l’année prochaine. Je risque de me retrouver en congé maladie puis en préretraite. Une situation absurde car je peux et je veux continuer à travailler. L’année dernière, il n’y a eu que 30 postes définitifs créés alors que nous étions 200 à postuler.

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