Pourquoi l’enseignement de la philosophie ne commencerait-il qu’en terminale ? Cette réflexion est au cœur des débats actuels, amorcée d’ailleurs par le ministre de l’Education Nationale lui-même, « je me demande parfois s’il ne faudrait pas, dès l’école primaire, enseigner en tant que tel l’art de l’argumentation » (2), déclarait-il en 1998.

La philosophie contre la violence

Ce type d’enseignement se développe de plus en plus, car une prise de conscience s’est opérée. L’école est victime de l’omniprésence de la violence. Or la philosophie apparaît comme un moyen pour susciter le débat et réfléchir sur des sujets sensibles (3), affirme Gilles Geneviève, qui l’inclut dans sa pratique pédagogique en ZEP. Il donne quelques exemples : initiation à la vie démocratique, apprentissage du dialogue ou construction d’une meilleure image de soi. Selon le philosophe Michel Onfray (4) « la violence suppose une incapacité à se parler ». La meilleure façon de la désamorcer est précisément le débat.

Un « débat réglé »

Au niveau des textes officiels, le débat est au cœur des programmes de l’école primaire, sous la forme du débat réglé, auquel doit être consacrée une demi-heure par semaine, comme le souligne Bettina Berton (5), professeur de philosophie à l’IUFM de Beauvais. De plus, les instructions officielles stipulent que tout au long du cycle, une heure en moyenne par semaine devra être consacrée à l’explicitation des problèmes concernant l’éducation civique ». Débat et éducation civique sont donc les cadres dans lesquels peut légalement s’inscrire l’enseignement philosophique.

Un questionnement sans fermeture

Pour aider à la pratique de cette discipline, des méthodes ont fait leurs preuves. On retiendra en particulier celles d’Alain Delsol (6), instituteur, docteur en sciences de l’éducation, qui attribue un rôle spécifique à chacun des enfants dans le débat, et de Michel Tozzi (7), qui met l’accent sur le rôle du maître, qui doit permettre un débat construit sur un « questionnement sans fermeture ». Apprendre à écouter et à argumenter dès le plus jeune âge, tel est l’objectif de ceux qui défendent l’enseignement de la philosophie pour les enfants. Certaines académies, comme celle de Caen (8), mènent déjà des expériences pilote en ce domaine.



                                                              Sandra Ktourza

 


(1)http://www.crdp.ac-versailles.fr/accueil1024.htm
(2)Luc Ferry et Alain Renaut : « Philosopher à 18 ans : Faut-il réformer l’enseignement de la philosophie ? », Paris : Grasset, 1999


(3)http://www.chez.com/gillg14/philo_ecole.htm#Distingu
(4)Michel Onfray : « Antimanuel de philosophie », Paris : Bréal, 2001


(5)http://www.ac-amiens.fr/iaoise/bd/numero7/dossier_rouge/approche_philo02.htm


(6)http://www.ac-montpellier.fr/ressources/agora/ag08_020.htm


(7)http://www.philotozzi.com/applications/ecole.php#612


(8)http://www.etab.ac-caen.fr/discip/philo-enfants/