Le marché des bons élèves se moralise laborieusement. La hiérarchisation des établissements prend des proportions de plus en plus importantes avec des « bons » établissements qui se paient le luxe de trier parmi les bons élèves, tandis que les « mauvais » se partagent ceux dont personne ne veut. Au niveau du ministère les actions tardent à voir le jour. Xavier Darcos, déclarait pourtant, le 22 novembre 2002, au salon de l’Education : « La mixité sociale est pour nous une préoccupation ». Heureusement, sur le terrain des exemples existent. En voici deux, avec les espoirs qu’ils laissent transparaître mais également les désillusions.

Des disparités étonnantes

En 1998 à Paris, le directeur de l’académie Pascal Jardin et l’ancien recteur René Blanchet, remplacé depuis décembre 2002 par Maurice Quenet, avaient décidé de « moraliser » la procédure d’affectation dans les lycées avec un minimum de mixité scolaire et sociale.
En effet, d’une rue à l’autre les disparités peuvent être énormes. Par exemple, dans le IIIe arrondt de Paris, le lycée Simone-Weil accueille 18,4 % de collégiens ayant au moins deux ans de retard tandis qu’à quelques centaines de mètres, le lycée Charlemagne n’en accueille que 2,4 %. De même, Charlemagne compte 8,9 % d’enfants d’ouvriers ou de chômeur, Simone-Weil en compte 31,4 %.
La solution : faire rentrer Paris dans le droit commun en sectorisant les lycées. Mais les mentalités sont difficiles à faire évoluer et les parisiens sont encore farouchement attachés à la liberté de choix. La fédération de parents FCPE avait proposé que tous les lycées s’engagent à se répartir la charge des mauvais élèves. Résultat : proposition rejetée. Pour autant des compromis ont été trouvés. Les établissements les plus recherchés de la capitale ne sont plus autorisés à accueillir les élèves de banlieue. Les lycées de Paris doivent depuis la rentrée 2002 recruter 90 % de leur effectif parmi les élèves habitant dans leur district. Mais, les effets sont loin d’être encourageants. Dans plusieurs communes de Seine-Saint-Denis par exemple, des proviseurs constatent qu’ils n’ont « malheureusement » pas récupéré les meilleurs élèves, apparemment partis vers l’enseignement privé.

Et ça marche

Autre exemple, autre lieu, autre résultat, avec le collège nantais Claude-Debussy, classé en Zep, qui bénéficie depuis 2002 d’une politique de redynamisation fondée sur trois axes : le quartier, le collège et les écoles ; la carte scolaire et la sectorisation ; la répartition de la population dans les collèges. Selon la principale Elisabeth Desobry, le collège « se ghettoïsait ». Plus de 70 % de la population est inactive ou assistée, le taux de familles monoparentales atteint 50 %, le collège compte une quinzaine de nationalités différentes. Un travail en profondeur a donc été entrepris. Ainsi, les réussites sont mises en avant, l’offre de formation a été revue. A la rentrée 2003, plusieurs pôles d’excellence seront proposés. Par ailleurs, toutes les classes peuvent d’ores et déjà participer au Cercle Europe, réseau d’écoles européennes constitué par le collège Debussy. Selon la principale l’image du collège a déjà changé. Des actions sont menées avec les collégiens « pour développer chez eux l’idée qu’ils ont quelque chose à faire de leur vie, qu’ils peuvent faire des choses positives, relever des défis ». Et ça marche.

Ces deux exemples montrent que des actions existent mais que les réussites ne sont pas toujours au rendez-vous. Pourtant, ne pas suivre le chemin d’une plus grande mixité n’est-il pas agrandir une fracture déjà béante ? A suivre…