Socrate, Thalès, Nike, Hermès : un programme informatique, une entreprise, des marques… alors que les références antiques continuent d’abreuver notre univers, de manière parfois étonnante, le latin et le grec ancien sont victimes d’une société qui ne valorise plus leur enseignement. Au collège, près d’un élève sur 5 choisit cependant d’étudier le latin. « Les parents qui incitent leur enfant à prendre le latin le font par tradition familiale et/ou parce que cela peut lui assurer d’être dans une classe de bon niveau, constate Marie-Hélène Menaut. Quitte à l’abandonner au lycée… » Élitistes et désuètes, les langues anciennes ? « Il n’est pas tout à fait exact de dire que latin et grec n’ont plus la cote. Sauf à souscrire au discours “officiel” de ceux qui veulent les éliminer », note Jean-Claude Carrière, professeur émérite de grec à l’Université Toulouse 2-Le Mirail et co-président de l’Artela*.

Un abandon programmé ?

Le combat idéologique, selon lequel le latin et le grec nuiraient à la démocratisation de l’école, semble s’être quelque peu atténué. Les « pédagogues » reconnaissent qu’ils sont allés un peu trop loin en vilipendant la culture classique. Mais, quel que soit le gouvernement, les ministres en restent aux déclarations d’intention. « On note, ces dernières années, une absence de volonté politique de défendre les langues anciennes, accuse Agnès Joste. Pourquoi l’option latin, proposée en 5e peut-elle être abandonnée dès la 4e ? Pourquoi le grec est-il la seule matière à option proposée seulement en 3e, ce qui le marginalise davantage ? Pourquoi n’existe-t-il pas de seuil officiel pour ouvrir une section de langue ancienne ? » Pour Marie-Hélène Menaut, présidente de la Cnarela** et professeur en lycée à Bordeaux, « tout dépend en effet de la bonne volonté du rectorat, du chef d’établissement, de l’IPR… et du militantisme des enseignants ».

« Des conditions dissuasives »

Tout empire au lycée, puisque 3 latinistes sur 4 abandonnent le latin à leur entrée en 2de. « Les conditions qui sont faites aux élèves sont complètement décourageantes et volontairement dissuasives, ajoute Jean-Claude Carrière. On multiplie les options sans augmenter les dotations horaires globales des établissements, ce qui contraint les chefs d’établissement à des choix drastiques, souvent au détriment des langues anciennes. » Ces dernières entrent de plus en concurrence avec de nouvelles matières optionnelles comme les Sciences économiques et sociales, une troisième langue vivante ou l’informatique et la technologie. « Concurrence déloyale » selon Agnès Joste, qui reconnaît bien l’intérêt de telles disciplines. Et de rappeler qu’au bac, « l’option latin ou grec, matière étudiée plusieurs années, est, au mieux, affectée du même coefficient que le dossier de TPE, réalisé en quelques mois ».

« Une filière forte et attractive »

Face à cette dévalorisation des langues anciennes, des enseignants demandent la création d’une vraie filière littéraire au lycée. « Elle inclurait obligatoirement l’étude d’une langue ancienne », précise Marie-Hélène Menaut pour la Cnarela. « Nous voudrions une filière forte et attractive, afin de fournir un vivier de bons élèves pour l’Université, résume Michel Perrin, professeur de latin à l’Université de Picardie, président de l’Association des professeurs de langues anciennes dans l’enseignement supérieur (APLAES). » L’idée d’une vraie filière littéraire semble pourtant être l’Arlésienne des gouvernements. Jusqu’à ce que plus personne ne la défende ?

                                                                Stéphanie Barioz


*Association Régionale Toulousaine des Enseignants de Langues Anciennes
**Coordination nationale des associations régionales d’enseignants en langues anciennes


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