Les élèves français ne parlent pas bien les langues étrangères, les cours de russe ou d’italien disparaissent les uns après les autres, en primaire, on ne peut apprendre que l’anglais… Tous ces problèmes sont au cœur des difficultés actuelles de l’enseignement des langues vivantes. Afin de faire un point complet sur la situation, nous avons rencontré Mathieu Guidere, rédacteur en chef de Les Langues Modernes, revue de l’APLV*. Ce qui a fondamentalement changé ces dernières années dans l’enseignement des langues vivantes, c’est l’arrêté Lang, visant à introduire une initiation aux langues dès le primaire. Qu’en est-il, après deux ans de mise en œuvre ?

Les langues au primaire

L’apprentissage des langues au primaire passe d’abord bien entendu par la formation des enseignants. Depuis deux ans, ceux qui se destinent à être professeurs des écoles, ont une option de langue. Mais apparaît le premier écueil : en grande majorité, les étudiants parlent l’anglais. Donc, pour leurs épreuves de concours, ils choisissent cette langue. Peu de professeurs des écoles pourront offrir aux élèves les rudiments d’une langue moins « classique ». Au niveau administratif de toute manière, les rectorats suivent la demande générale : les élèves veulent parler l’anglais. Donc, on privilégiera la formation et l’affectation de professeurs parlant cette langue. Seule exception : des bassins linguistiques où d’autres langues seront mises en avant, en fonction de proximités géographiques. Par exemple en Alsace, les professeurs d’école recrutés maîtriseront l’allemand. Dans l’Isère, ce sera plutôt l’italien. Par contre, apprendre une langue extérieure au bassin s’avère impossible. Dès le primaire se pose le problème de l’absence de choix. Mais quid du secondaire ?

Omniprésence de l’anglais

Au niveau du secondaire, la logique est la même qu’au niveau du primaire. Une donnée entre toujours en ligne de compte : la demande. 97% des élèves veulent apprendre l’anglais en première langue. C’est pourquoi petit à petit les classes d’allemand première langue disparaissent. On retrouve le problème de l’inexistence de choix. Ce n’est que pour la seconde et a fortiori la troisième langue, que se présentent de plus vastes possibilités. Au bout du compte et au gré de ces réformes, l’élève parlera-t-il les langues, anglais ou autres, à l’issue de sa scolarité ?

Langue de communication ou de culture

La spécificité de l’enseignement des langues en France est liée au fait qu’elles sont vécues comme langues de culture plus que comme langues de communication**. Cette conception typiquement française génère un décalage notoire par rapport aux autres pays européens et aux Etats-Unis, où les langues servent avant tout à communiquer. C’est pourquoi en Allemagne par exemple, les professeurs de langue sont recrutés dans le pays d’origine, non en Allemagne même ! L’objectif est que les élèves parlent, et les résultats sont probants. En France, beaucoup moins.
Pour conclure cette réflexion, deux questions prédominent donc : finalement, qu’apprend-on en cours de langue ? et les élèves qui aiment les langues rares, que fait-on d’eux ?


 


 


*Association des Professeurs de Langues Vivantes de l’enseignement public. Mathieu Guidere est lui-même professeur d’arabe et maître de conférence à l’université Lyon II 

**selon les directives officielles