Surfer en latin-grec : ça vous tente ?

Apprendre les langues anciennes à distance... c’est enfin possible !

Des caméras pilotables, une télécommande, un visualiseur, des ordinateurs… le tout au service du grec ancien ! Depuis son collège d’Ambazac, en Haute-Vienne, Paula Iselin, professeur de lettres classiques, enseigne la langue de Socrate à des élèves de Corrèze ou de la Creuse. Un matériel perfectionné lui permet de voir sa classe, de visualiser les cahiers comme les écrans des ordinateurs branchés en visio-réseau. Dans leur salle de classe, les élèves voient leur professeur sur un écran. Seul le passage de la voix, via le réseau Numéris, est retardé d’une fraction de seconde. « Je demande sans cesse à mes élèves s’ils ont tout entendu et compris », précise Paula Iselin. Globalement, la technologie est au point. « Il arrive que la liaison téléphonique soit coupée, mais c’est rare », note l’enseignante, qui juge l’outil performant et motivant. Un aide-éducateur gère les aspects techniques du dispositif.

Une production importante de documents


 
En amont, le travail de l’enseignant est lourd. « Avec une collègue qui enseigne aussi le grec à distance, nous avons retravaillé les textes des manuels sur informatique. Nous avons utilisé différentes couleurs pour donner des repères de syntaxe ou de morphologie, et créé des liens en hypertexte, renvoyant à un point de grammaire ou de civilisation, une étymologie, voire un site Internet. » Un travail long mais nécessaire, qui permet ensuite de « gagner du temps avec les élèves » précise Paula Iselin, qui a mis en ligne son travail sur l’Intranet de son collège.

Un maximum : 8 élèves par enseignant

Dans l’académie de Limoges, l’expérience remonte à 1996. François Bayrou, alors ministre de l’Éducation nationale, souhaitait que tout élève puisse suivre l’option de son choix. Le rectorat avait pensé à l’enseignement à distance. « Nous avons mis en place un dispositif qui a évolué depuis, note Jean-Pierre Peyrinaud, enseignant déchargé de service, en fonction à la DACIC* du rectorat. » Depuis, deux professeurs de grec, mais aussi des professeurs d’allemand ou d’italien, ont enseigné à destination de collèges de l’académie, avec un maximum de huit élèves par cours. Si la connexion ne se peut se faire qu’entre deux établissements, Jean-Pierre Peyrinaud précise que la faisabilité d’une mise en relation triangulaire est à l’étude.

Les casse-tête administratifs et financiers

Mais le système n’est pas exempt de difficultés. A commencer par la question des emplois du temps, casse-tête habituel des chefs d’établissement. Dès le mois de juin, les collèges doivent identifier les élèves susceptibles de suivre l’option l’année suivante, avant d’essayer d’établir un emploi du temps. Difficulté supplémentaire : « les élèves des collèges ruraux habitent loin et doivent partir à 17 heures, rappelle Paula Iselin. Aussi, les cours ont lieu entre midi et deux, et depuis plusieurs années, je n’ai plus le temps de déjeuner ! » Autre question délicate : à quel établissement imputer les heures des enseignants ? A Limoges, c’est le rectorat qui finance pour le moment ces heures particulières… Quant au coût de l’équipement – de l’ordre de 3 000 euros -, il peut être dissuasif. « Nous avons ainsi des demandes insatisfaites, constate Jean-Pierre Peyrinaud », qui suggère que l’équipement puisse être rentabilisé par d’autres utilisations. Curieusement, le succès d’un tel système cause sa perte ! L’an dernier, le collège de la Creuse qui proposait l’option italien à distance a dû ouvrir une classe, du fait d’une demande passée de 8 à 15 élèves !

                                                                             Stéphanie Barioz


 


 

* Délégation académique aux technologies de l’information et de la communication

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