Quel visage pour la littérature jeunesse ?

En septembre dernier, la littérature jeunesse faisait enfin son entrée dans les écoles. Les espoirs entraperçus ont pourtant rapidement laissé place à la morosité. Retour sur une entrée qui n’a pas fini de faire parler d’elle.

En septembre dernier, à l’annonce de l’entrée de la littérature jeunesse dans les programmes dès le cycle 3, certains éditeurs ont dû se pincer pour y croire. D’ailleurs, Jean Delas de l’Ecole des loisirs, déclarait à l’époque : « Le long combat mené depuis des années par quelques libraires, éditeurs et pédagogues trouve aujourd’hui son aboutissement : le livre de jeunesse entre enfin à l’école ». S’appuyant sur une liste de 180 titres, l’Education nationale voulait promouvoir une véritable culture littéraire dès les classes primaires. Albums, contes, romans, bande dessinée allaient enfin prendre place de manière officielle dans les cartables des élèves. Cette liste était même présentée comme le « chaînon manquant » permettant aux jeunes de prendre du plaisir à travers la lecture. Pourtant, un maillon s’est grippé. L’intervention de Serges Eyrolles, président du Syndicat national de l’édition, auprès du ministère pour assouplir le caractère contraignant de cette liste n’aura pas suffi, des voix la jugeant inacceptable ont commencé à s’élever. Tout était bien balisé, trop apparemment…

Liberté, choix et ouverture

Une charte pour un bon rapport entre littérature de jeunesse et école, remettant en cause la liste « officielle » et signée par une kyrielle de personnalité du monde de l’édition et des livres, vit rapidement le jour. En voici quelques extraits : « Afin que l’école soit le creuset où les multiples approches de la littérature de jeunesse s’enrichissent mutuellement, aucune liste ou sélection, émise par quiconque, ne peut-être imposée, ni prétendre définir ce que serait l’essence de la littérature de jeunesse… ». « Afin d’éviter toute confusion entre le champ de la littérature de jeunesse et celui de la pédagogie, (…) il ne peut pas être créé pour les œuvres littéraires un label de type ‘Reconnu d’intérêt pédagogique par le ministère de l’Education nationale’… » (www.planetexpo.fr/sa/page5.php3?l=pfournier). Pour tous ces signataires, cette liste remettait en cause les principes de liberté en matière culturelle et pédagogique.

Contre une littérature d’Etat

Pris au dépourvu, le ministère de l’Education nationale par la voix de Xavier Darcos a annoncé, courant janvier, la suppression de la liste d’ouvrages de littérature pour le cycle 3. « Les enseignants (…) feront eux-mêmes leur choix – ils doivent rester les seuls prescripteurs ». Ils pourront consulter un catalogue renseigné par les éditeurs sur le portail de l’Education nationale. Pour étayer cette décision, Denis Roger-Vasselin, conseiller de Xavier Darcos, a tenu à préciser que le ministère refusait « le principe d’une liste ‘fermée’ imposée aux enseignants » et qu’ « il ne souhaitait pas créer quelque chose qui ressemble à de la littérature d’Etat. » Reste à savoir si cette proposition fera l’unanimité. Une réunion entre Xavier Darcos et des éditeurs, libraires et autres professeurs est prévue dans les jours qui viennent afin de déterminer les contours du portail prévu pour septembre 2003. Quid de la liste, mais des questions restent tout de même en suspend : cette nouvelle solution sera-t-elle efficace ? Facile d’utilisation ? Représentative ? La formation des enseignants aura-t-elle la place qu’elle mérite ? A suivre…

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