Les ‘collés-reçus’ : enseigner, mais à quel prix ?

Depuis quatre ans, le nombre de professeurs issus des listes complémentaires a explosé. Particularité de ces enseignants recalés et donc pas formés, ils sont affectés aux classes les plus difficiles. Un paradoxe qui laisse perplexe.

Pour l’année 2002-2003, plus de 5 000 « collés-reçus » devraient être affectés pour combler des postes laissés vacants. Leur formation ne débutera qu’à partir de septembre 2003, contrairement à leurs collègues reçus sur « listes principales » qui, plus logiquement, passent par les instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) avant de prendre une classe. Et tout le paradoxe est là, comment imaginer que des personnes avec autant de responsabilités ne soient pas formées avant d’être affectées. Les chiffres sont pourtant là pour en attester. Depuis quatre ans, le nombre d’enseignants issus de « listes complémentaires » ne cesse de croître : de 800 en 1997-1998, ils sont passés à 4 080 en 1999-2000, pour atteindre 6 300 en 2001-2002. Selon le ministère de l’Education nationale, ils seront 5 000 environ cette année.

Un problème plus grave encore

Ce phénomène est devenu une voie de recrutement privilégiée pour le ministère. Ainsi en 2001, un tiers du total des professeurs des écoles a été recruté sur listes complémentaires. Ce dispositif sert donc moins aujourd’hui à faire face aux « impondérables » qu’à pallier au sous-recrutement d’enseignants du primaire. « Le fait que des professeurs exercent sans formation n’est admissible ni pour les élèves, ni pour les enseignants eux-mêmes », affirme Nicole Geneix, secrétaire générale du SNUipp-FSU (Source Le Monde). Pourtant le problème le plus grave n’est pas qu’ils enseignent mais qu’en général ils sont affectés sur les postes restés vacants car moins demandés, comme les postes en zones sensibles, les réseaux d’aides spécialisées aux enfants en difficulté (Rased), les classes d’intégration scolaire (CLIS), les classes d’initiation (CLIN) pour les élèves non-francophones. Là justement où il faudrait des enseignants spécialisés, titulaires d’une formation complémentaire de celle reçue en IUFM.

De belles promesses ?

Prenons l’exemple de l’enseignement adapté pour les enfants atteints d’un handicap ou en grande difficulté scolaire. Lors de la dernière enquête ministérielle (1997), ils représentaient 20 % de l’effectif total (environ 36 000 postes). De source syndicale, cette proportion atteindrait aujourd’hui 25 % en moyenne nationale. Pour Emmanuel Guichardaz, du SNUipp, et lui-même enseignant spécialisé, « l’Education nationale devrait s’interdire de mettre des enseignants non spécialistes et débutants dans ces classes-là » (Source Le Monde). Pourtant, les postes vacants s’accumulent et au fil des mois, les listes complémentaires viennent largement suppléer les carences.
Toutefois, le ministère de l’Education nationale assure que le nombre de listes complémentaires devrait diminuer à l’avenir grâce à l’augmentation des places mises aux concours. D’ailleurs, Luc Ferry s’est engagé dans les deux ans qui viennent à réduire cette liste, en la ramenant entre 3 000 et 4 000 inscrits. Mais toutes ces belles promesses seront-elles tenues ?

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