Rencontre épistolaire

Professeur de français près de Marseille, Audrey Sabardeil, 27 ans, a fait correspondre ses élèves de 4e avec des adolescents d’une maison d’arrêt voisine. Un projet difficile à mettre en place mais qui a conquis ses élèves issus d’un milieu plutôt favorisé.

Comment aborder une notion abstraite comme la liberté avec des élèves de 4e ? Cette interrogation a conduit Audrey, jeune enseignante de français, à mettre en place une correspondance entre sa classe et des adolescents détenus. « Je voulais les pousser à écrire mais aussi ébranler leurs certitudes, explique-t-elle, leur montrer que certains jeunes de leur âge n’étaient pas aussi favorisés qu’eux. » Au hasard, elle appelle les prisons de la région et finit par tomber sur la perle rare : un professeur de français qui s’occupe de 7 jeunes à la maison d’arrêt de Luynes, située à une trentaine de kilomètres du collège.

Un résultat étonnant

Motivé par ce projet, il obtient facilement toutes les autorisations du côté de la prison tandis qu’Audrey, avec beaucoup plus de difficultés, parvient à décider le conseil d’administration du collège et les parents. « J’avais prévenu que si un seul parent s’opposait j’arrêtais tout. » Les élèves se sont montrés beaucoup moins timorés que leurs aînés. « Ils ont tous été emballés par le projet », insiste-t- elle. La première lettre est la plus difficile à écrire. Audrey demande à ses élèves de se répartir librement en 7 groupes de 4 ou 5 puis donne les consignes : interdiction de demander pourquoi ils sont détenus et de poser sur eux un regard inquisiteur. Il s’agit de se présenter et de poser des questions sur leur vie quotidienne en prison. « J’ai été surprise du résultat, insiste-t-elle, les élèves s’appliquaient pour faire une belle lettre sans faute d’orthographe ». La deuxième lettre est plus facile à écrire.

Trois échanges seulement

Chaque groupe a désormais un correspondant précis et peut lui poser des questions plus personnelles. « Des élèves qui se plaignaient de la discipline dans le collège ont découvert que les ados détenus n’avaient droit qu’à une sortie par jour », se souvient-elle. Les collégiens sont rapidement conquis par cet échange. « Tous les jours ils me demandaient si j’avais enfin la réponse des correspondants ». Malheureusement les consignes de sécurité très strictes retardent le courrier. Il n’y aura finalement que trois échanges épistolaires. « Les élèves ont été un peu déçu, se souvient Audrey. Il n’y a pas eu assez d’échange à leur goût. »

Des consignes strictes de sécurité

Pour obtenir l’autorisation du proviseur, du conseil d’administration de l’établissement et des parents, Audrey a du mettre en place des consignes de sécurité très strictes. Ses élèves devaient écrire sous pseudonyme et ne donner aucune indication qui puisse les identifier. Idem du coté des détenus. Le courrier portait l’adresse du collège et chaque lettre était lue par Audrey, l’administration pénitentiaire et le professeur de français des détenus, avant d’être distribuée aux enfants. « Le professeur de français de la prison et son proviseur m’ont beaucoup aidé, souligne Audrey. Très enthousiastes, ils ont participé au conseil d’administration du collège ainsi qu’à la réunion avec les parents pour bien montrer leur adhésion au projet. Ils ont permis de démystifier le monde carcéral et ont rassuré tout le monde. Ils se sont également occupés de toutes les formalités avec l’administration pénitentiaire. »

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