Le collège unique : chronique d’une mort annoncée

25 ans après sa création, le collège unique est en passe d’être remis en question. Pour une majorité de Français, il est le principe fondamental permettant de démocratiser l’accès au savoir. Pourtant, les personnels de l’Education nationale commencent à douter son efficacité.

Selon l’enquête « Eduscope » réalisée par la FSU et rendue publique le 20 novembre dernier, seulement 22 % des personnels de l’Education nationale considèrent que l’école a la capacité de former des citoyens responsables, de donner aux enfants le goût d’apprendre et plus encore de préparer les jeunes à s’insérer dans la vie professionnelle. Une majorité d’enseignants seraient favorable à une orientation précoce des élèves, avant la troisième. Les digues idéologiques autour du collège unique viennent de céder. Créé en 1975, le collège unique avait pour vocation première d’être une école rassemblant des jeunes de toutes les origines, de tous les niveaux, pour leur transmettre une culture commune.

« Une génération qui stagne »

Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui réfutent d’une part son efficacité et d’autre part sa véritable existence. Ainsi, pour Agnès Van Zanten, chargée de recherche CNRS à l’Observatoire sociologique du Changement, « le collège unique n’existe pas. Il y a « des » collèges. L’inégalité est la règle, en dépit des efforts d’équité : inégalités entre les établissements, entre les équipes pédagogiques, et au sein des collèges, par le biais des options entre les classes ». A l’arrivée, comme l’estime Samuel Johsua, professeur en sciences de l’éducation à l’université de Provence, « les performances scolaires effectives pour une proportion que l’on peut situer entre 10 et 20 % d’une génération stagnent, voire régressent dangereusement dans certaines zones urbaines ».
Pourtant, toujours selon Samuel Johsua, « le collège unique est parfaitement envisageable, à condition que la nature des contenus de savoirs qui y seraient traités et celle de méthodes pédagogiques utilisées ne soient pas alignées sur les souhaits des classes moyennes supérieures, véritables bénéficiaires des options en place depuis vingt ans. Mais justement il ne peut y avoir d’école égalitaire dans une société qui l’est si peu » (source Le Monde).

Un caractère d’urgence

Ces deux derniers mois, l’avenir du collège unique revêt un caractère d’urgence. On a l’impression que les problèmes surgissent aujourd’hui alors que plusieurs enquêtes ont déjà montré que les professeurs rejetaient le principe d’un collège identique pour tous. Ainsi, en mars 2001, 73 % des jeunes enseignants qualifiaient l’objectif d’ « irréaliste ». En mars 2002, interrogés pour Le monde de l’éducation, 64 % des professeurs, tous âges confondus, estimaient que le rétablissement d’une orientation avant la 3è constituait une priorité.
La nouveauté, cependant, réside dans l’attitude des syndicats qui ont traditionnellement défendu le collège unique, et qui petit à petit sont en train de le lâcher. Aussi, prendre acte de la crise du collège unique et procéder à sa liquidation soit, mais pour mettre quoi à la place ?

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