Education sexuelle au primaire : l’exception lyonnaise

Depuis onze ans, le programme « Education à la vie » mis en place par la ville de Lyon propose des cours d’éducation à la vie sexuelle et affective au primaire. Une initiative pionnière en la matière, sur fond de prévention.

Pour que l’éducation sexuelle ne soit plus l’apanage du secondaire, le service de santé scolaire de Lyon est à l’origine d’une démarche éducative novatrice. Il propose aux écoles primaires et maternelles d’intervenir dans les classes pour éduquer à la vie sexuelle et affective. Cette initiative est née du « désir de faire entrer les enfants dans la sexualité autrement que par le biais des abus », explique Marie-Françoise Sommer-Peytavin, responsable d’éducation pour la santé à la Division Prévention Santé Enfants de la ville de Lyon. À l’origine du projet, elle en supervise aujourd’hui le déroulement.

Des thématiques adaptées

Les classes ont été ciblées à trois étapes de l’évolution des enfants : « en grande section de maternelle, qui correspond à la fin du stade œdipien ; au CE2 comme période de latence et au CM2 qui constitue une rupture, avec l’approche de la puberté. » Les thématiques évoquées sont adaptées aux interrogations des élèves. « On aborde la question de la sexualité de façon très large : on parle du corps, du ressenti, du respect et de l’écoute de l’autre. Mais l’accent reste mis sur la prévention. Il s’agit de reconnaître et de savoir exprimer ce qui est agréable ou non, ce qui est permis ou interdit, d’être prévenu des différentes formes d’exploitation sexuelle », souligne Marie-Françoise Sommer-Peytavin. Les modes d’animation varient selon l’âge des enfants : conte, débat, jeu de rôles, vidéo…

Favoriser la relation Parents/Enfants

Les familles sont aussi impliquées dans le dispositif. « On les invite à nous rencontrer et on répond à leurs questions, on les rassure… Cette initiative permet aux parents d’éclaircir certaines notions avec leurs enfants et de confronter leurs expériences lors de réunions. » De leur côté, les enseignants s’estiment soulagés par ce programme, « qui évite la confusion des rôles ». Et les enfants améliorent leurs connaissances et leur expression orale. Tout le monde semble y trouver son compte, comme en témoigne le succès de cette démarche. À l’origine, elle s’adressait à 151 enfants. Elle en concerne désormais 1700, répartis dans 28 des 250 écoles lyonnaises. Et le personnel manque pour répondre à la demande.

                                                                     Fanny Rey

« Il faut dédramatiser la sexualité »

Claude Boukobza, psychanalyste pour enfants, auteur de A quoi ça sert l’école ?, Editions Louis Audibert, 2002, nous livre ses impressions sur ce programme.
« En ne l’abordant que par le biais des abus, la sexualité peut apparaître aux enfants comme quelque chose de traumatique. Il faut donc dédramatiser, en parler dans sa globalité. Le programme “Education à la vie” va dans ce sens. Les intervenants sont formés, le principe de co-animation et l’analyse de leurs pratiques professionnelles par un psychologue leur permet de prendre du recul sur leurs interventions. C’est important de ne pas avoir remis cette initiative à l’enseignant, qui n’est pas formé pour ça. C’est une bonne chose que ce programme se fasse en groupe, afin que les enfants prennent conscience qu’ils ne sont pas isolés. Il est fondamental de mettre l’accent sur la notion de vie affective. Il faut pouvoir restituer le lien plaisir-affectivité aux enfants, et ce n’est pas la télévision qui le fait ! »

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