Les jeunes boudent les sciences

Les vocations scientifiques se font rares aux portes de l’université. Les enseignants ont repéré quelques facteurs d’explication.

Les sciences à l’Université n’attirent plus les bacheliers. Le phénomène n’est pas unique en France : depuis les années 1990, toutes les sociétés dites développées, à l’exception du Québec et des pays d’Asie, constatent cette désaffection. Or l’innovation technologique, tout comme les futurs départs à la retraite, vont bientôt exiger le renouvellement massif des personnels scientifiques. Pourquoi cette crise des vocations ?
La science ne serait plus perçue comme une source de progrès et de rêve. Le nucléaire, les manipulations génétiques et les OGM lui auraient donné mauvaise presse… Pourtant, une étude réalisée en 2000 par la Sofres pour le ministère de l’Éducation nationale et le magazine L’Usine Nouvelle sur un échantillon représentatif de la population française tempère cette idée : 3 % seulement des Français pensent que la science apporte « plus de mal que de bien ». 

                       Donner le goût de l’effort

L’explication est ailleurs. Les sociétés savantes et les associations d’enseignants relèvent divers facteurs susceptibles d’avoir contribué à ce phénomène de désaffection. Président de l’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public (APMEP), Jean-Paul Bardoulat déplore, en particulier, le fait que le système éducatif ne donne plus le goût de l’effort. « Les élèves ne travaillent plus assez, constate-t-il. Or les maths sont une discipline cumulative. Un manque de bases est un réel handicap pour progresser. Et dans le secondaire, les horaires ont été allégés alors que les programmes n’ont pas changé. Nous devons sans cesse courir après le temps. Seuls les élèves les plus doués s’en sortent bien. »
A cela s’ajoute un système d’évaluation qui ne permet pas forcément de repérer les vrais scientifiques : « L’épreuve de mathématiques au bac S teste davantage des mécanismes que la capacité d’un jeune à construire une petite démonstration. » Levier essentiel pour donner le goût de la science, l’expérimentation n’est pas assez présente dans le secondaire, faute de budgets. « La notion de groupe restreint de travaux pratiques disparaît, relève Jean Ulysse, président de l’Association des professeurs de biologie et de géologie (APBG). Les classes sont trop nombreuses pour qu’on puisse sortir les microscopes et les scalpels. C’est dommage car l’appétence des jeunes pour la nature et le vivant existe. On le constate à l’école élémentaire. »

                            Une série S inadaptée



Enfin, la série S, censée rassembler les futurs scientifiques, ne remplit pas sa mission. « Considérée comme une filière d’excellence ouvrant toutes les portes, elle reste généraliste et intègre trop d’élèves n’ayant pas un projet scientifique », rappelle Madeleine Sonneville, présidente de l’Union des physiciens (UDP). D’après le rapport Porchet sur « les jeunes et les études scientifiques », 27,6 % des bacheliers S se dirigeaient en effet vers des études non scientifiques en 2000. Pour tenter d’enrayer cette désaffection, et redonner aux jeunes le goût du raisonnement scientifique, l’APMEP comme l’UDP et l’APBG aimeraient que soit créé dès la seconde un enseignement de détermination de « culture scientifique ». Cette « option sciences », de 3 heures hebdomadaires, permettrait aux élèves d’appréhender la démarche scientifique mais aussi de prendre le temps de chercher… et de trouver. Donc, d’apprivoiser la science.

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