5 questions à… Christine Géricot

Christine Géricot, 57 ans, est l’une des très rares enseignantes en arts plastiques « mises à disposition à titre d’expérience-pilote » à l’hôpital. Depuis 1994, elle travaille avec des enfants de tous âges à l’Institut Gustave-Roussy de Villejuif (94), 1er centre européen de lutte contre le cancer.

Comment travaillez-vous ?

Je cherche à être à l’écoute de chaque enfant, à comprendre ce qu’il a envie de faire et d’apprendre. Un hôpital est un lieu d’enfermement et d’angoisse. J’ai adapté ma pédagogie à ce contexte. Lorsqu’un jeune entre à l’Institut, j’essaie de connaître son état physique et psychique avant de me présenter à lui et de lui proposer de faire un tour à l’atelier.

En quoi les arts plastiques sont-ils bénéfiques à vos petits malades ?


Ces enfants ont besoin de s’exprimer, de s’ouvrir au monde. Peindre, dessiner, les aide à traverser la maladie, donne un sens à leur vie et transforme leur regard sur eux-mêmes. Lorsqu’ils créent, ils se sentent actifs et redeviennent des enfants comme les autres. Je les fais travailler ensemble, sur un même thème. C’est important car la maladie les isole, les fait se renfermer sur eux-mêmes.

En quoi est-ce différent de travailler à l’hôpital ?


Au collège, je voyais 550 à 600 enfants par semaine, pour une heure d’arts plastiques coincée entre d’autres matières… Ici, je n’en vois pas plus d’une dizaine par jour à l’atelier. Ils viennent librement, restent le temps qu’ils veulent. Ils ne sont pas dans l’urgence. Nous parlons beaucoup, de tout. Nous avons des relations vraiment personnelles et privilégiées.

Que vous a appris votre pratique ?


Que la maladie ne réduit pas la créativité, contrairement à ce que l’on peut penser. Il y a quelques années, un petit a demandé à faire son portrait. C’est un thème très difficile pour des jeunes atteints dans leur chair. Finalement, près de 60 enfants ont réalisé leur portrait. Le résultat était tellement beau que nous avons pu exposer ces œuvres à la FIAC (Foire internationale d’art contemporain), à Paris, en 2000, et dans une quinzaine de villes depuis. L’exposition continue de tourner.

Question rituelle

Et si vous aviez le pouvoir de faire évoluer le système, que proposeriez-vous ?
Je revaloriserais l’enseignement de l’art. Une heure par semaine, ce n’est pas assez ! Est-il juste que certains jeunes ne connaissent pas leur propre culture, qu’ils n’y aient pas accès par manque de moyens ? La culture permet de lutter contre la violence. J’aimerais aussi que mon expérience s’étende à d’autres hôpitaux.

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