Industrie pharmaceutique : Une logique de marché

Dans les pays riches, les choix de production et les politiques tarifaires des laboratoires entraînent un véritable racket ; dans les pays pauvres, ces décisions empêchent l’accès aux soins au plus grand nombre. La guerre du médicament est ouverte, et les pays du Sud sont en ordre de bataille.

Depuis ses débuts modestes, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, l’industrie pharmaceutique a fait sa mue. Aujourd’hui, elle consacre, chaque année, 40 milliards de dollars en recherche et développement. Pour se maintenir sur l’échiquier mondial, les laboratoires doivent chaque année lancer simultanément aux Etats-Unis, en Europe et au Japon deux ou trois molécules susceptibles de dépasser 1 milliard de dollars de ventes. Cette course au profit et à la compétitivité à des effets pervers : entente sur les prix, formation de cartels et expérimentations hasardeuses dans le Tiers-Monde.


                          Seulement 130 €



D’ailleurs, une partie importante du problème réside dans la définition du coût. Obligation pour les uns, racket pour les autres. Résultat : le fossé s’accroît entre l’offre (produits très coûteux) et la demande (les pays en voie de développement). Prenons par exemple, les traitements contre le sida. En Europe et aux Etats-Unis, une année de trithérapie coûte de 20 000 à 30 000 dollars. Pour les pays du Tiers-Monde, c’est inabordable. Pourtant, au Brésil, en Inde ou en Afrique du Sud, nombre de firmes locales offrent des produits génériques à des tarifs adéquats : une année de trithérapie à moins de 400 dollars, par exemple. Mais les laboratoires occidentaux essayent de ralentir, voir d’empêcher cette solution qui apparaît vitale pour certains pays. La 55è Assemblée mondiale de la santé a approuvé, le 17 mai 2002, une résolution destinée à « assurer l’accès aux médicaments essentiels ». Les pays en voie de développement disposant d’une industrie pharmaceutique peuvent enfin fabriquer des copies moins coûteuses de médicaments protégés par des brevets, mais uniquement en cas de crise de santé publique et sans avoir pour l’instant le droit de les réexporter vers les pays pauvres incapables de les produire. Une demi-victoire, mais une victoire tout de même. La réplique a été rapide.


                    Une situation paradoxale



Ainsi, afin de ne pas perdre certains marchés, les cinq principaux laboratoires ont décidé, en mai dernier, de diminuer de 80 % le prix des traitements du sida destinés à l’Afrique. Le prix de la trithérapie antirétrovirale ne devrait pas dépasser 150 € par mois. Problème, le budget ougandais pour la santé s’élève à 130 € par habitant et par an.
Dans les années à venir les enjeux pharmaceutiques vont devenir colossaux. Il faut donc aboutir rapidement à un accord politique pour les pays en voie de développement, et non à une opération caritative. Le soutien aux médicaments génériques peu coûteux, l’assouplissement du droit des brevets et la fixation de prix différents entre pays pauvres et pays riches favoriseraient cette démarche.
Paradoxalement, cette industrie met en avant le coût de la recherche, l’investissement effectué pour définir le prix des médicaments, pourtant ces mêmes laboratoires investissent deux fois plus dans le marketing et l’administration (35 % du chiffre d’affaires) que dans la recherche et le développement. Alors la logique de marché plus importante que le droit à la vie ?

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