Vous boycottez le système traditionnel de notation. Comment évaluez-vous vos élèves ?

J’ai appris à désacraliser la note, et j’en suis arrivé à ne plus pouvoir mettre qu’un « 20 » collectif, en fin d’année. Au 1er et 2e trimestre, je fais une évaluation écrite, en insistant sur ce qu’il y a de positif. Je parie sur la capacité d’apprendre et de comprendre de l’élève.

Vous fonctionnez par pédagogie de projet. En quoi les deux sont-ils liés ?

Le déclic, en 1998, a été la découverte par mes élèves d’annotations racistes dans un livre d’histoire, à la bibliothèque municipale. Ils ont réagi et leur mobilisation a payé : le livre a été retiré de la bibliothèque. L’objectif de la pédagogie de projet, c’est d’ancrer l’apprentissage dans le monde qui nous entoure, de permettre aux élèves de se fixer un objectif concret comme extension de ce qu’ils apprennent. Dès lors, le « 20 » veut dire : « On a été jusqu’au bout pour réaliser un projet, même s’il n’a pas pu aboutir ».

Quelle est la finalité de cette méthode ?

Elle est double. C’est une remise en cause des notes comme reflet déformant d’une hiérarchie de l’intelligence. Quant à la pédagogie de projet, elle permet aux élèves de se comporter en apprentis citoyens.

Comment vos procédés sont-ils perçus ?

Pas de problème avec l’administration, puisque les textes nous obligent à l’évaluation, qui n’est pas forcément synonyme de notation. Mais suite à un arbitrage, les troisièmes m’ont été retirés, à cause de la préparation du brevet, alors que la moyenne en troisième ne compte pas… Quant aux parents, en quatre ans, j’ai été confronté à l’incompréhension d’une seule mère.