« Un jour, l’école où j’enseignais a reçu une note envoyée par les services de l’inspection académique : un poste d’instituteur en milieu pénitentiaire se libérait plus tôt que prévu. Il fallait postuler le jour même. Je ne me suis pas trop posé de questions, j’ai appelé l’inspection. Ma candidature a été retenue. » Ce professeur des écoles de 44 ans n’a jamais regretté ce choix un peu particulier. « J’avais envie de travailler avec des adultes, explique-t-il. Bien que n’ayant aucune formation pour enseigner à un public en difficulté, j’ai tout de suite été passionné par ce nouveau travail, très éloigné du travail que l’on peut faire dans une classe. »

                          Vouloir être libre

Depuis 12 ans maintenant, Eric Badoc enseigne à des prisonniers. Beaucoup ont un bagage scolaire minimal, voire sont illettrés. Ils doivent souvent apprendre toutes les bases en lecture, en écriture ou en mathématiques. Les plus jeunes élèves sont majeurs depuis peu, le plus vieux est près de l’âge de la retraite. Certains ne restent que quelques mois, d’autres plusieurs années. L’emploi du temps fluctue en permanence, afin de s’adapter aux besoins de chaque prisonnier. « Il faut aimer être libre et supporter de ne pas de s’appuyer sur un programme, glisse Eric. Ici, les classes au sens strict du terme n’existent pas. Ça peut être déroutant pour certains enseignants. » Cet enseignant hyperactif a développé une véritable offre de formation pour les détenus.

                      Difficile mais attachant

Seul à ses débuts, il est aujourd’hui épaulé par un collègue et de nombreux intervenants extérieurs qui forment les détenus à un métier. Eric se sent d’ailleurs autant coordinateur de projets que professeur : il gère la formation professionnelle et organise les commissions d’orientation et de suivi des détenus. Un choix personnel pour cet homme qui ne compte pas ses heures. « Paradoxalement, la prison est un milieu difficile mais attachant. On a envie de monter plein de projets pour les détenus. Ces derniers sont extrêmement reconnaissants, ce qui renforce votre motivation. » Passionné, il encourage les enseignants à franchir le pas, tout en précisant qu’il faut être fort psychologiquement. « Etre confronté à des situations de misère humaine n’est pas toujours facile. »